Mercredi 20 Septembre 2017

En Ouganda, les paysans convertis à la canne à sucre ne parviennent pas à nourrir leurs enfants

En Ouganda, les paysans convertis à la canne à sucre ne parviennent pas à nourrir leurs enfants
(Le Monde 07/04/17)
Faridah Nangobi et son mari James Mukaaya.

Face à la hausse de la demande africaine, de nombreux paysans ont abandonné les cultures vivrières au profit de la canne à sucre.
A mesure que ses revenus augmentent, la classe moyenne africaine, en pleine expansion, apprécie de plus en plus les gâteaux, les glaces, les sodas et autres sucreries, ce qui augmente la demande de sucre. Cela devrait être une bonne nouvelle pour les producteurs du continent. Mais la réalité est plus cruelle : les petits agriculteurs qui produisent le sucre – une denrée qui reste un luxe pour la plupart de la population rurale pauvre d’Afrique – peinent à nourrir leurs familles.

Le district de Kamuli, dans l’est de l’Ouganda, est assez représentatif de la filière sucrière africaine. Bien qu’il fasse partie des principaux pôles de production, avec plus de 10 000 cultivateurs de canne à sucre, il demeure l’une des régions les plus pauvres du pays. Ce secteur d’activité occupe une place importante dans l’économie nationale et crée des emplois, mais les petits producteurs de sucre n’en profitent pas.

Selon la Uganda Sugar Manufacturers Association (USMA), le pays a consommé environ 350 000 tonnes de sucre brut en 2016. Le gouvernement veut accroître l’investissement pour répondre à la demande croissante, qui devrait doubler d’ici à 2030. Celle-ci pourrait même augmenter davantage, car le président ougandais, Yoweri Museveni, veut que le parlement adopte une loi obligeant les compagnies pétrolières nationales à intégrer au moins 10 % d’éthanol dans le carburant pour faire baisser son prix.

Pour promouvoir la filière sucrière, l’Etat a proposé, ces dernières années, des incitations fiscales aux raffineries et aux entreprises du secteur, notamment dans la région de Kamuli. Séduits par l’appât du gain, de nombreux paysans y ont abandonné les cultures vivrières au profit de la canne à sucre.
Dépendance et pénuries

Faridah Nangobi et son mari, James Mukaaya, cultivent de la canne à sucre sur leur petit terrain à Bugabula South, dans le district de Kamuli. Comme eux, la plupart des petits agriculteurs de la région ne possèdent pas plus d’un hectare, si bien que la majeure partie de leurs terres, souvent la totalité, est consacrée au sucre. Cette dépendance vis-à-vis d’une seule culture expose James Mukaaya et les autres paysans à un grand risque en cas de mauvaise récolte ou de chute du prix du sucre. Le manque de biodiversité a en outre des effets négatifs sur l’environnement.

Beaucoup de paysans ne sont pas conscients de la valeur de leurs récoltes et les vendent à prix très bas à des intermédiaires ou directement aux raffineries et autres entreprises du secteur. En moyenne, un kilo de sucre coûte entre 2 500 et 3 000 shillings ougandais (de 0,64 à 0,77 euro). Pourtant, James Mukaaya et sa femme ne gagnent que 600 000 shillings (154 euros) pour douze tonnes de récolte, soit 50 fois moins que le prix du marché.

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