Mardi 24 Avril 2018

Poutine prêt au sacre des urnes, l'opposition crie à la fraude

Poutine prêt au sacre des urnes, l'opposition crie à la fraude
(AFP 18/03/18)

Vladimir Poutine se préparait dimanche à être sacré par les urnes lors d'une présidentielle aux airs de plébiscite, l'opposition accusant le pouvoir de gonfler la participation par des fraudes pour légitimer un scrutin sans suspense.

Le président russe, 65 ans dont plus de 18 au pouvoir, a fait de la participation sa principale bataille alors qu'il devrait remporter haut la main un quatrième mandat courant jusqu'à 2024, dans un contexte de nouveau bras de fer avec les Occidentaux depuis l'empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal en Angleterre.

Peu après 14H00 GMT, à moins de quatre heures de la fermeture des derniers bureaux dans l'enclave de Kaliningrad, la participation atteignait 51,9% selon la Commission électorale, soit plus élevée que pour le retour au Kremlin de Vladimir Poutine après quatre ans au poste de Premier ministre en 2012.

Plus de 107 millions d'électeurs sont appelés aux urnes. L'agence publique TASS a fait état de taux de participation dépassant 60%, voire 70%, dans l'Extrême-Orient russe, où le vote s'est terminé plus tôt compte tenu du décalage horaire.

Ecarté de l'élection en raison d'une condamnation judiciaire, le principal opposant Alexeï Navalny a accusé le Kremlin de gonfler la mobilisation en bourrant les urnes ou en organisant le transport massif d'électeurs vers les bureaux de vote. "Ils ont besoin de participation. Le résultat, c'est que la victoire de Poutine avec plus de 70% (des voix) a été décidée d'avance", a-t-il expliqué à la presse, assurant que la participation réelle était inférieure à celle de 2012.

"Le seul moyen de mener une lutte politique en Russie, c'est de manifester. Nous allons continuer de le faire", a-t-il prévenu.

L'ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, a dressé sur son site internet une carte des fraudes faisant état à 14H00 GMT de 2.255 irrégularités, tels que bourrages d'urne, votes multiples ou entraves au travail des observateurs.

Pour encourager des électeurs à participer à un scrutin sans suspense à l'issue d'une campagne atone, les autorités ont mené des campagnes massives d'information et d'incitation, facilitant le vote hors du lieu de résidence mais aussi, selon des médias, faisant pression sur les fonctionnaires ou les étudiants pour aller voter.

Des militants de l'opposition ont fait par exemple état dimanche d'électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police ou de coupons de réductions pour des produits alimentaires distribués aux Russes se rendant aux urnes.

- Stabilité -

Loué par les uns pour avoir ramené la stabilité après les dures années 1990 et vilipendé par d'autres pour un recul des libertés, Vladimir Poutine est crédité d'environ 70% des intentions de vote dans les derniers sondages.

Son principal adversaire, le candidat communiste Pavel Groudinine, est crédité de 7% des voix par l'institut public VTSIOM et le troisième, l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, de 5%, devant la journaliste libérale Ksénia Sobtchak (1-2%).

"Ce n'est que sous Poutine que nous avons commencé à avoir une vie normale (...) L'isolement de la Russie, ce n'est pas grave et c'est même bénéfique pour le marché économique intérieur", a déclaré à l'AFP Andreï Zoubov, un homme d'affaires de 42 ans

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, a été exclu de la course après avoir été déclaré inéligible en raison d'un jugement pour détournement de fonds, qu'il dénonce comme orchestrée par le pouvoir.

Jouissant d'une fidèle base de soutiens dans tout le pays, M. Navalny a appelé au boycott et dépêché plus de 33.000 observateurs dans les bureaux de vote.

La candidate proche de l'opposition libérale, Ksenia Sobtchak, a de son côté appelé les électeurs à se rendre aux urnes: "Plus le score de Poutine sera élevé, plus dur sera le système".

- Vote bloqué en Ukraine -

La dernière semaine de campagne a été marquée par un regain de tension entre Moscou et les Occidentaux en raison de l'empoisonnement en Angleterre de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille.

Cette affaire, sur laquelle M. Poutine est resté silencieux, a encore renforcé en fin de campagne le climat de quasi Guerre froide qui s'est installé pendant son dernier mandat, sur fond de soutien au régime syrien, de crise ukrainienne et d'accusations d'ingérence russe dans la présidentielle américaine.

Symboliquement, le scrutin se tient quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée, décidé à l'issue d'un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

Plus de 1.200 bureaux de vote ont ouvert en Crimée mais beaucoup de Tatars, une communauté musulmane qui s'est largement opposée à l'annexion, ne comptent pas se rendre aux urnes. "Il y a eu une grosse pression avant le vote sur les Tatars", a déclaré à l'AFP Alim Mambetov, président d'une organisation de défense des droits des Tatars.

La mobilisation était très faible dans les quartiers à majorité tatare de Crimée. "Nous avons 1.946 inscrits et à 10H30 (07H30 GMT), seules 67 personnes sont venues", aregretté Natalia, la présidente d'un bureau de vote du centre de Simféropol n'ayant pas souhaité donner son nom de famille.

En représailles à la tenue de la présidentielle en Crimée, Kiev a empêché le vote des Russes résidant en Ukraine. Des dizaines de policiers, ainsi que des militants nationalistes, bloquaient ainsi dimanche l'accès aux consulats russes dans plusieurs grandes villes.

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