Dimanche 20 Août 2017

Victimes de Boko Haram: «Les hommes faisaient leur choix pour la nuit»

Victimes de Boko Haram: «Les hommes faisaient leur choix pour la nuit»
(La Tribune de Genève 09/08/17)

Au Nigeria, des femmes violentées par le groupe djihadiste racontent leur calvaire. Alors que les violences continuent. Lorsqu’elle ferme les yeux, Fatima entend parfois le son des coups de feu qui claquent. Elle voit les corps de ses deux frères qui s’affaissent lourdement sur le sol. Comme une vidéo qui repasse en boucle sans possibilité de l’arrêter. Fatima avait 15 ans en novembre 2014 lorsque Boko Haram a attaqué la ville de Damasak, où elle vivait avec sa famille.

Ce jour-là, les combattants du groupe djihadiste ont bloqué les routes qui mènent à cette bourgade commerçante située au nord-est du Nigeria, près de la frontière avec le Niger. Ils ont passé de maison en maison, ont tué sans discrimination. Fatima et des dizaines d’autres jeunes femmes ont été emmenées à bord d’un pick-up par les insurgés. «Ils nous ont dit que celles qui tenteraient de s’échapper seraient égorgées, raconte-t-elle. J’avais tellement peur que je n’osais même pas pleurer.» S’en sont suivis des mois de captivité et de sévices sexuels. «Les hommes faisaient leur choix pour la nuit», dit la jeune femme, le regard baissé. «Il y avait plus de combattants que de femmes. Comme il n’y avait pas de tentes pour tout le monde, celui qui te désignait t’emmenait un peu à l’écart et te forçait à avoir des rapports sexuels. La première fois, j’ai beaucoup saigné.»

Libérée un an plus tard

Souvent, elle pensait à ses parents. «Je ne savais pas s’ils étaient en vie, explique-t-elle. On nous disait de les oublier, qu’ils n’étaient pas de vrais musulmans. Mais je refusais de le croire.» Fatima a été libérée un an plus tard, à la faveur d’une opération de l’armée nigériane. Après quelques mois d’errance dans un camp de déplacés à Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria, elle a retrouvé ses parents et repris l’école. Aujourd’hui, elle rêve de devenir infirmière. Mais la jeune fille a laissé une part d’elle-même sur les lieux de sa détention. «Je n’ai plus la même énergie qu’avant. Mais à qui puis-je en parler? Je ne veux pas qu’on me voie comme une femme de Boko Haram.»

L’attention du monde s’est focalisée sur le sort des 276 lycéennes de Chibok enlevées dans leur pensionnat en pleine nuit, en avril 2014. Même Michelle Obama avait participé à la campagne appelant à leur libération, à coups de hashtags #bringbackourgirls (Ramenez-nous nos filles). Mais des milliers de femmes et d’adolescentes sont passées entre les mains de Boko Haram depuis le début de l’insurrection islamiste en 2009.

La plupart d’entre elles sont contraintes d’épouser des djihadistes, ce sont des esclaves sexuelles arrachées à leur famille.

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