Mardi 17 Octobre 2017

Nigeria: la douce revanche de Lagos

Nigeria: la douce revanche de Lagos
(RFI 18/03/17)

Abuja a le plus grand mal à être digne de son statut de capitale du Nigeria. Du coup, Lagos reste plus que jamais animée par le sentiment d'être la « vraie capitale » de la Fédération.

A Lagos, la population connaît des joies simples. La visite de l'aéroport de Lagos en février 2017 par Yemi Osinbajo (qui a assuré l'intérim du président Muhammadu Buhari pendant son séjour médical à Londres) a suffi à provoquer un enthousiasme débordant dans les médias de la ville. Il est vrai que la mégapole s'était sentie négligée ces derniers temps : depuis son élection en avril 2015, le chef de l'Etat n'est jamais venu dans la capitale économique du Nigeria. Il se méfie de cette ville de 22 millions d'habitants que son entourage considère comme une Babylone des temps modernes. Une cité qu'ils ont pris coutume de surnommer « Sin City », la capitale du péché.

Depuis son élection, Buhari a d'ailleurs snobé le sud en général : Port-Harcout, la capitale pétrolière, n'a pas davantage eu droit à une visite du chef de l'Etat. La visite d'Osinbajo à Lagos est tout sauf désintéressée. Outre le fait qu'il est lui-même Lagotien et Yorouba (ethnie qui domine le sud-ouest du Nigeria), il doit s'assurer que l'aéroport international de Lagos reste en bon état. En effet, Abuja, la capitale fédérale, se retrouve sans aéroport pour au moins six semaines depuis la mi-mars. Une situation d'autant plus embarrassante qu'Abuja et ses deux millions d'habitants sont complètement enclavés. La capitale fédérale a été construite, il y a vingt-cinq ans, au centre du Nigeria. Elle se trouve à plus de 700 kilomètres de Lagos. Se rendre dans cette ville par la voie terrestre est fortement déconseillé pour des raisons de sécurité. Les habitants d'Abuja ressentent un fort sentiment d'enfermement. Le week-end, ils fuient la ville et vont à Lagos ou dans leurs régions d'origine. « Sans aéroport, nous ne disposons plus d'aucun moyen d'évasion, c'est angoissant et inquiétant », note Akin, un haut fonctionnaire originaire du sud, qui rentre dès que possible à Lagos.

La sécurité en question

Pendant les travaux de rénovation de l'aéroport d'Abuja, les habitants de la ville sont invités à se rendre à Kaduna, grande ville du nord située à trois heures de route d'Abuja. Là aussi, l'état de l'aéroport pose question. La plupart des compagnies se refusent à programmer des vols internationaux depuis cette ville. Autre question majeure, l'axe routier menant d'Abuja à Kaduna est-il sécurisé ? Rien n'est moins sûr. Deux Allemands ont été enlevés dans l'Etat de Kaduna à la fin février. Deux Nigérians ayant tenté de s'opposer à cet enlèvement ont été exécutés par les ravisseurs.

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