Le Nigeria affirme que la crise alimentaire dans le nord-est est exagérée | Africatime
Mardi 28 Mars 2017

Le Nigeria affirme que la crise alimentaire dans le nord-est est exagérée

Le Nigeria affirme que la crise alimentaire dans le nord-est est exagérée
(AFP 06/12/16)

La présidence nigériane a déclaré lundi que la communauté internationale et les organisations humanitaires exagèrent la crise alimentaire dans le nord-est du pays, dévasté par le conflit contre les jihadistes de Boko Haram, pour "attirer le soutien des donateurs".

"Une organisation des Nations Unies a crié sur tous les toits que 100.000 personnes allaient mourir de faim l'année prochaine", a écrit le porte-parole de la présidence Garba Shehu dans un communiqué. "Ce n'est pas vrai."

Abuja affirme ne pas voir "le sens de ces théories et annonces hyperboliques qui sont faites ostensiblement pour attirer le soutien des donateurs", poursuit-il.

L'insurrection de Boko Haram et le conflit qui l'oppose à l'armée nigériane a fait "plus de 2 millions de déplacés", reconnaît M. Shehu. "Par conséquent, il y a des morts, il y a la faim, et de la malnutrition", poursuit-il, niant "la peur d'une famine de masse".

"C'est un problème que l'administration de Muhammadu Buhari gère avec une grande sensibilité", souligne M. Shehu, qui rappelle que l'Etat nigérian est auprès de la population dans le besoin à travers son agence nationale des urgences (NEMA).

Les Nations Unies ont répondu lundi soir au gouvernement nigérian affirmant que les prévisions faites pour l'année 2017 sur la situation humanitaire dans le nord-est "avaient été coordonnées à la fois au niveau fédéral et local".

"La réalité, c'est que si nous ne recevons pas les fonds nécessaires, beaucoup mourront", écrit Peter Lundberg, coordinateur pour les affaires humanitaires pour les Nations Unies au Nigeria, ajoutant que cette aide serait également attribuée aux travaux de réhabilitation et de reconstruction dans la région.

Il a d'ailleurs salué le travail de l'armée nigériane et "le partenariat rendu possible par le Président et les forces interministérielles".

Vendredi, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a lancé son appel annuel, affirmant que 5,1 millions de personnes seront confrontées à de graves pénuries alimentaires en 2017, car le conflit et la menace des mines disséminées par les insurgés ont empêché les paysans de planter pour la troisième année consécutive.

"Le Plan d'action humanitaire de 2017 pour le Nigeria vise plus d'un milliard de dollars pour répondre aux besoins des populations dans les trois états les plus touchés par la crise, Borno, Adamawa et Yobe", avait annoncé alors Peter Lundberg, coordinateur de l'action humanitaire pour les Nations Unies au Nigeria, dans un communiqué, décrivant la situation comme la "plus grande crise (en cours) sur le continent africain".

Un constat partagé par tous les acteurs sur place. Le mois dernier, Save The Children avait annoncé que "plus de 4.7 millions de personnes avaient besoin d'une aide alimentaire et que 400.000 enfants couraient le risque de mourir de faim dans un avenir proche."

En juillet déjà, le directeur général de MSF Suisse, Bruno Jochum, a estimé que les Nations unies devaient considérer la situation dans le nord-est du Nigeria "comme une urgence maximale", ce qui a été fait quelques semaines plus tard.

"En termes de situation médicale, nous sommes confrontés actuellement à la pire des situations dans le monde", avait averti Médecins sans frontières, déclarant que la région était "proche de la famine".

Le stade de "famine" est déclenché lorsque le taux de malnutrition aiguë oscille entre 20 et 40 % chez les adultes et les enfants et que le taux de mortalité dépasse les deux décès par jour pour 10 000 habitants, ce qui n'est officiellement pas le cas pour l'ensemble de la région, selon le gouvernement et les organisations humanitaires.

En novembre dernier, le même porte-parole de la présidence Garba Shehu avait pourtant demandé aux producteurs de céréales nigérians de se concentrer sur le marché national plutôt que d'exporter vers les pays voisins, car le "pays pourrait être en situation de famine" d'ici le mois de janvier.

Le nord-est du Nigeria, particulièrement l'Etat du Borno, est à genoux après sept années de conflit dévastateur. Le conflit de Boko Haram a fait au moins 20.000 morts et 2.6 millions de déplacés depuis 2009.

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