A Toumour, dans le sud-est du Niger, comment soigner sous la menace de Boko Haram ? | Africatime
Samedi 29 Avril 2017

A Toumour, dans le sud-est du Niger, comment soigner sous la menace de Boko Haram ?

A Toumour, dans le sud-est du Niger, comment soigner sous la menace de Boko Haram ?
(Le Monde 19/04/17)

Retour à Diffa (3/5). La petite équipe du Centre de santé intégré de la ville a vu exploser ses consultations en deux ans avec les vagues successives de réfugiés. A Toumour, toute petite ville à 1 500 km au sud-est de Niamey, la capitale nigérienne, le nombre d’habitants pris en charge par le Centre de santé intégré (CSI) a augmenté de 200 % en moins de deux ans, passant de 11 000 à 32 000 personnes.

Nous sommes à 7 km seulement de la frontière avec le Nigeria et à environ 25 km de Bosso, sur la ligne de front de la guerre implacable que mènent les armées du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad contre le mouvement extrémiste nigérian Boko Haram.

Présentation de notre série Retour à Diffa

Des milliers des personnes, apeurées, menacées, se sont réfugiés à Toumour et ont besoin d’une prise en charge médicale régulière. Mais ce n’est pas tant l’afflux des malades que la crainte d’un attentat-suicide commandité par Boko Haram qui effraye la petite équipe soignante dirigée par l’infirmier d’Etat Brah Hassane, « major » Hassane dans le jargon médical local.
La psychose de l’attentat-suicide

Au CSI de cette petite ville distante de 100 km de Diffa, capitale de la région est du Niger, le patient arrive sans rendez-vous et n’a pas besoin de décliner son identité, ni même de subir une fouille à l’entrée. Résultat, chaque matin, de longues files se forment dans la petite cour du centre médical, faisant craindre que des « kamikazes » envoyés par Boko Haram soient cachés parmi les patients.

« Chaque matin, c’est la peur au ventre que nous traversons les haies de 200 à 300 malades. On ne sait pas qui est qui, des éléments de Boko Haram peuvent s’y être glissés. On vit avec cette psychose », explique avec une pointe de fatalité le major Hassane.

Déjà présente depuis le mois de février 2015, date de la première action de Boko Haram sur le sol nigérien, la crainte d’une opération-suicide des partisans d’Abubakar Shekau a redoublé à Toumour avec l’arrivée il y a deux mois de la dernière vague de réfugiés nigérians.

« Ils sont restés trop longtemps dans les zones entièrement contrôlées par Boko Haram. Nul ne peut assurer qu’elle n’en a pas profité pour recruter des éléments qui peuvent commettre des opérations ici », décrypte un notable de la ville qui a requis l’anonymat.

Le souvenir des trois attaques pour le seul mois de septembre 2016 est encore vif dans l’esprit des habitants. Depuis, la ville est quadrillée par un impressionnant dispositif de sécurité : des gendarmes casqués, vêtus de gilets pare-balles, doigt sur la cachette, inspectent les véhicules entrant et sortant de Toumour.

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