Mercredi 21 Février 2018

Migrants : Agadez, piège de sable où les espoirs échouent

Migrants : Agadez, piège de sable où les espoirs échouent
(Le Point 05/02/18)
« Ghetto ». Agadez, 30 octobre 2017 : quatre candidats au départ vers la Libye patientent dans la cour d’un « ghetto », le nom donné aux maisons où les passeurs entassent les migrants.

Ismaïla Camara appuie sa tête contre le mur. Sait-il combien de migrants y ont griffonné leur nom avant qu'une couche de peinture les condamne à l'oubli ? À côté, dans cette gare des bus Rimbo, Mahamadou Saliou Balde, sénégalais lui aussi, somnole. Ils reviennent de l'au-delà, du froid insoupçonnable dans l'après-midi d'Agadez. L'un porte une doudoune déplumée. L'autre, des lunettes de pacotille, un bonnet rasta et un blouson en similicuir. Ils sont couverts de cette pellicule orange qui colle aux cheveux, fige la terreur sur le front et tapisse les poches, de ce maudit sable qui marque les cœurs des étrangers qui l'ont foulé trop loin. Ils rentraient de Libye, ils ont passé cinq jours dans le Sahara. « La nuit, on a entendu des tirs. Le chauffeur a fui. On était dix ou onze », souffle Mahamadou. Un vol, classique du désert. Une voiture les a sauvés. Ils veulent rentrer en Casamance. Un membre de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) s'agenouille pour leur proposer une douche, un lit et un retour gratuits ; un « coxeur », rabatteur pour passeur, rôde. Il y a deux ans, dans ce préau, les gens comme lui n'avaient qu'à se baisser pour attirer des migrants. Aujourd'hui, il n'y en a que cinq, revenus de l'enfer libyen.

Agadez, à la lisière du Sahara au Niger, est le point de départ pour les Africains qui visent l'Algérie, les chantiers libyens et, parfois, l'Italie. Elle est devenue le rivage où les voyageurs échouent, où l'océan de sable vomit ceux qu'il n'a pas engloutis. Le 26 mai 2015, le Niger a voté la loi 2015-36, relative au trafic illicite de migrants. Lorsqu'elle a été appliquée, en 2016, le flux vers le Sahara est passé de 70 000 personnes en mai à 1 500 en novembre, et l'Union européenne a sacré le Niger « bon élève » sahélien. Il est aussi l'un des deux pays où Emmanuel Macron a lancé son projet de hotspots, désormais appelés « missions de protection ». En clair, un tri des migrants qui éviterait à ceux qui bénéficient du droit d'asile de passer par la Libye. Dès la sortie d'Agadez, le trafic de migrants est devenu un crime, même si la frontière avec la Libye est à plus de 800 kilomètres et que le Niger appartient à la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), espace de libre circulation. Le gouvernement répète qu'il n'a pas lancé cette loi pour complaire à l'Europe. « En octobre 2013, 92 migrants sont morts dans le désert, vers l'Algérie, rappelle Marou Amadou, ministre de la Justice. On avait juste la loi de 2010 sur la traite des êtres humains, qui suppose l'exploitation. Alors on en a fait une autre, sur le trafic illicite. Nos ONG nous accusent d'être les gardes-chiourmes de l'Europe, mais c'était avant la crise, l'idée était de protéger des vies. » Le trafic a continué, les passeurs payaient leur licence de transporteur. Ils étaient escortés, le lundi, par l'armée, jusqu'à Dirkou, à 600 kilomètres.

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