Mardi 19 Septembre 2017

Boko Haram au Niger ou la traque d’un ennemi invisible qui se joue des frontières

Boko Haram au Niger ou la traque d’un ennemi invisible qui se joue des frontières
(Le Monde 21/04/17)
Des soldats nigériens patrouillent dans la région de Diffa, le 13 mars 2015.

Retour à Diffa (4/5). Le long de la rivière Komadougou Yobé, limite naturelle avec le Nigeria, l’armée patrouille pour repousser les incursions de la secte islamiste nigériane. Le long convoi, ouvert par un véhicule de l’avant blindé (VAB, blindé léger), quitte la route nationale numéro 1 (RN1) à hauteur d’un camp spontané de réfugiés à 35 km de Diffa, région est du Niger, épicentre des activités du mouvement extrémiste nigérian Boko Haram. Il descend à petite allure vers une voie sablonneuse menant sur les berges de la Komadougou Yobé, le cours d’eau qui fait la frontière entre le Niger et le Nigeria.

Soudain, toute la puissance de feu de l’armada (VAB, automitrailleuses, lance-roquettes) regarde vers un même endroit. Sur la ligne de front de la guerre contre Boko Haram, on aperçoit un gros buisson et de grands arbres. Là, à 600 mètres à peine, sont retranchés des éléments de la secte islamiste, à portée d’arme. Mais pas question pour les soldats des Forces armées nigériennes (FAN) d’ouvrir le feu pour les « neutraliser » : ils sont en territoire nigérian et les règles d’engagement sont strictes.

Chez les militaires, on ne badine pas avec les consignes. Alors que le rendez-vous avait été pris ce jour-là à 10 heures, Salifou Abdoulaye Douka, jeune lieutenant de 30 ans, se présente à nous avec vingt minutes d’avance : « Bonjour, si vous êtes prêts, on peut y aller. » Même ainsi formulée, l’invitation est un ordre. Toutes affaires cessantes, on embarque dans un 4 x 4. Direction le centre de commandement des opérations de la guerre contre Boko Haram dirigé par le colonel Amadou Djibo, sous la supervision du commandant de la zone militaire de Diffa, le colonel major Namata Oumarou.

Dernier briefing

Le colonel Djibo, dont la silhouette sahélienne flotte légèrement dans son treillis, reçoit aimablement et autorise la patrouille à se mettre en route. Derrière l’état-major, dans la cour de cette immense caserne, des militaires sont briefés une dernière fois par Souleymane Rhissa, jeune lieutenant de 29 ans qui dirige ce matin cette opération de traque des partisans d’Abubakar Shekau, sur les berges de la Komadougou.

Sur ses ordres, les hommes de rang, avec casques, gilets pare-balles et armes chargées, retournent dans les deux VAB et les 4 x 4 engagés dans l’opération. Le convoi s’élance sur la RN1 à une vitesse raisonnable. Sur le chemin, on croise des éléments de la garde nationale de retour d’une longue campagne.

Arrivé à 35 km environ de Diffa, l’impressionnant convoi s’arrête à la hauteur d’un camp de réfugiés. Le commandant de la patrouille descend de voiture tandis que les deux blindés légers et des automitrailleuses prennent en tenaille l’endroit, d’est en ouest, du nord au sud.

A cette halte, la patrouille partie de Diffa fait jonction avec une unité de la gendarmerie nationale, l’une des trois forces, avec l’armée et la garde nationale, engagées dans la lutte contre Boko Haram depuis que le mouvement a commis en février 2015 sa première attaque en territoire nigérien.

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