Mercredi 22 Novembre 2017

Au Niger, le chassé-croisé des candidats à l’exil et des migrants désenchantés

Au Niger, le chassé-croisé des candidats à l’exil et des migrants désenchantés
(Le Monde 10/11/17)
Une fois arrivés à Agadez, les jeunes migrants doivent rester cachés, enfermés dans des maisons sans salle de bains ni accès à de l’eau potable.

Dans le nord du pays, l’Organisation internationale pour les migrations propose un rapatriement aux migrants refoulés d’Algérie ou fuyant la Libye. Baccari Couly ne prête guère attention aux clameurs qui s’élèvent de la cour. Le jeune migrant est trop concentré sur son récit, poignant, douloureux : l’histoire d’un rêve européen brisé en Libye.

Tout à l’heure, il sortira rejoindre ses compagnons qui tapent le ballon dans la poussière du centre de transit de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) à Agadez, la « capitale » du pays touareg, dans le nord du Niger. Mais pour l’instant, il est sagement assis dans la pénombre d’une pièce. Visage maigre, habillé d’un survêtement, il narre sa pathétique odyssée avec force détails, impatient de tout dire afin que le monde sache « l’enfer » qui sévit en Libye. « Une fois que tu franchis la frontière de ce pays, le piège se referme sur toi, soupire-t-il. Après, tu ne peux plus sortir. »

Le Sénégalais de 25 ans est à bout. Il a renoncé à son projet de franchir la Méditerranée. Il a même laissé tomber toute idée de rester en Libye pour y grappiller quelques revenus. C’est fini, il veut maintenant rentrer chez lui. Il est arrivé fin octobre à Agadez, en provenance d’Algérie, après s’être échappé du chaos libyen. Il a frappé à la porte du centre de l’OIM quand il a appris que l’organisation offrait aux migrants des « retours volontaires » dans leur pays d’origine.
Tentatives de fraudes

Face aux difficultés croissantes de la traversée de la Libye, où la violence infligée aux migrants – principalement des Subsahariens – est systématique, ces rapatriements suscitent apparemment un intérêt grandissant chez les candidats désenchantés à l’exil européen. D’Agadez, ville où convergent les migrants refoulés d’Algérie ou fuyant la Libye, les retours au pays natal sont passés de 1 700 en 2015 à près de 5 100 en 2016. Le chiffre devrait être encore supérieur en 2017 (il était déjà de 4 500 de janvier à septembre).

A Agadez, des observateurs mettent toutefois en garde contre d’éventuelles distorsions dans ces statistiques dues à des tentatives de fraudes motivées par l’assistance financière dont les migrants peuvent bénéficier. « Il y a parmi eux des gens qui ne reviennent ni d’Algérie ni de Libye mais qui arrivent directement de leur pays d’origine, en Afrique centrale ou en Afrique de l’Ouest, et se font passer pour des migrants déçus », met en garde un responsable d’Agadez.

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