Lundi 23 Octobre 2017

Aimer Rousseau et Sankara, puis mourir lors d’un assaut policier à l’université de Niamey

Aimer Rousseau et Sankara, puis mourir lors d’un assaut policier à l’université de Niamey
(Le Monde 18/04/17)
Obsèques de l’étudiant nigérien décédé lors des violences sur le campus

Dans la capitale du Niger, Malah Bagalé a été enterré lundi en présence d’une immense foule qui a suivi sa dépouille de la morgue de l’hôpital au cimetière Yantala. Sa photo tournait en boucle sur les réseaux sociaux du Niger : visage clair et mince, fine moustache, lunettes et tenue soignée. Malah Bagalé avait 24 ans. Il était étudiant en troisième année de sociologie à l’Université Abdou-Moumouni de Niamey. Il est mort voilà une semaine pendant l’assaut de la faculté par la police, pour disperser un mouvement de protestation lycéen et étudiant et a été enterré, lundi 17 avril, au cimetière Yantala de la capitale.

Dans la grande maison familiale du quartier « 105 Logements », le père et la mère de Malah ont attendu une semaine qu’on leur rende le corps de leur fils qui reposait à la morgue. Autour d’eux, la famille, des voisins, des camarades étudiants et des visiteurs originaires de Diffa, la région est du Niger actuellement dans la turbulence de la secte islamiste Boko Haram. Le père de Malah est un ingénieur agronome à la retraite. Il est d’ethnie kanourie, a une barbe blanche et se déplace avec une canne. Sa mère est peule, comme la première femme du papa qui accueille tout le monde chez elle. La mère de Malah est vêtue et voilée de noir, chapelet à la main. Elle travaille pour l’ONG chez Helen Keller International, à Diffa.

Panafricaniste et marxiste révolutionnaire

Dans cette famille de cadres, tout le monde a fait des études. La grande sœur de Malah est en master de droit à Ouagadougou. Les plus jeunes des cinq frères et sœurs de Malah sont restés à Diffa, où le jeune homme a fait toutes ses études jusqu’au bac. En 2013 et 2014, le lycéen est secrétaire général de la section lycéenne et collégienne de l’Union des scolaires du Niger (USN), dans sa région. « Un élève exemplaire », d’après Mounkaïla Abdo Laouali Serki, professeur de philosophie qui a présidé le jury du jeune homme au baccalauréat.

En 2014, il arrive à Niamey pour s’inscrire à l’université. Il s’installe chez sa belle-mère, auprès de ses onze frères et sœurs.

« Malah était un jeune homme calme, très logique, timide, aimant beaucoup la lecture. Ses auteurs préférés étaient Rousseau, Montesquieu, Machiavel et Stendhal », raconte un ami d’enfance et camarade d’études, Bintami Souley. Les auteurs français du XVIIIe siècle, une dynamique familiale d’engagement politique avec un père secrétaire général du Mouvement nigérien pour la société du développement (parti qui fut au pouvoir dans la région de Diffa) et des combats personnels ont poussé Malah vers les luttes anti-impérialistes.

Sur sa page Facebook, le jeune homme se définissait comme panafricaniste et marxiste révolutionnaire. L’image de Thomas Sankara y figurait en bonne place, à côté de la chronique des arrestations politiques de ces dernières semaines, des échanges autour des bonnes ou mauvaises pratiques du syndicalisme étudiant et des élections à l’Union des étudiants nigériens à l’Université de Niamey (UENUN).

« Il voulait aller jusqu’au bout, était contre l’injustice, pensant que tout s’arrache et que rien ne se négocie sur cette terre », poursuit son camarade.
Traces de sang encore visibles

Malah militait au sein de plusieurs associations et il avait participé en février à l’Espace Frantz-Fanon à une conférence du groupe Alternative, au titre du mouvement Agir contre le franc CFA. Il était très actif au sein de ce mouvement.

En troisième année de sociologie, le jeune homme voulait s’orienter vers un master pour travailler dans des institutions internationales et défendre les droits des minorités.

Son grand frère Djibril, étudiant en troisième année de droit, raconte la suite de l’histoire.

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