Vendredi 20 Avril 2018

Agadez : que faire des réfugiés soudanais ?

Agadez : que faire des réfugiés soudanais ?
(Le Point 26/03/18)

« Bienvenue chez moi ! » lance joyeusement Ali* en présentant sa paillasse. Le jeune homme souriant dispose de deux mètres carrés sur lesquels il a installé tout ce qu'il possède : une couverture, un drap et un petit sac à dos. À côté de lui, des dizaines de ses compatriotes ont fait de même. Cela crée une mosaïque de couleurs sur le sol du hangar n° 3 du nouveau centre d'accueil d'Agadez construit par l'UNHCR. Inauguré à la mi-mars, le site abrite 600 personnes. Presque toutes sont originaires du Darfour.

Ali, lui, avait 12 ans lorsque le conflit opposant les rebelles soudanais au gouvernement a éclaté. Son père a été tué. Sa sœur a disparu. Son oncle a été enlevé. « Je pleure encore lorsque je me rappelle comment les milices affiliées au gouvernement nous ont pris nos vaches, nos chèvres, nos moutons. Nous étions riches avant 2003. J'espère qu'un jour j'arriverai à oublier », confie le jeune homme.

J'ai vu beaucoup de chose horribles en Afrique donc je déteste être en Afrique. Je voudrait aller dans un autre continent, continuer mes études. © Victor Koch Ruopkoch

Après le drame, Ali a fui avec sa famille vers un camp de déplacés. Il y est resté dix ans avant de décider de partir en Libye. Pour lui, la situation n'était plus tenable. « Au Darfour, le respect s'obtient par les armes parce que, sans elles, il ne reste plus que notre différence de couleur de peau. Les hommes du président el-Béchir sont endoctrinés. Pour eux, un Noir n'est plus un être humain. Ils sont payés pour tuer sans réfléchir », ajoute Ali.

Fuir l'enfer pour retomber dans l'enfer
En Libye, Ali a travaillé intensivement pendant sept mois. Il envoyait ce qu'il gagnait à sa famille restée au Soudan du Sud. Puis, un jour, le jeune homme a été kidnappé pour être vendu à un fermier. « Nous étions quatre à travailler sans être payés. On nous battait constamment. Parfois, nous restions deux jours à ne manger que du pain sec. Je l'humidifiais avec de l'eau. Après trois mois, nous nous sommes enfuis à trois. Le quatrième était perdu. Il n'était plus capable de rien. Alors, il est resté là-bas », se souvient Ali. Il ne sourit plus. Dans son regard, on peut lire l'effroi qu'il ressent encore lorsqu'il raconte son histoire. « En Libye, il n'y a pas de protection. Il n'y a rien. Rien. J'ai fui l'enfer au Darfour pour me retrouver dans l'enfer à nouveau ! Et puis mes amis ont commencé à me parler d'Agadez, comme quoi c'était un endroit sécurisé et que les organisations internationales nous y aideraient. J'ai vérifié sur Google et j'ai décidé de venir ici », poursuit le jeune homme.

Une grosse communauté de Soudanais
À Agadez, Ali a trouvé des centaines de Darfouriens fuyant, comme lui, le Soudan du Sud et la Libye. Mais ses attentes envers les organisations internationales n'ont pas été comblées. Depuis la fin d'année 2017, 1 450 réfugiés, dont 1 292 Soudanais, sont arrivés dans la cité du nord du Niger. Prises au dépourvu face à cet afflux, les organisations humanitaires n'ont pu dans les premiers temps qu'accueillir les personnes considérées comme « les plus vulnérables ». Comprenez les femmes, les enfants et les malades.

Ali, lui, est resté avec une partie des hommes à camper en pleine rue, sous 40 degrés, devant le bureau de la direction régionale de l'état civil. L'UNHCR leur fournissait des repas et de l'eau. Les maisons en construction du quartier servaient de toilettes et de douches. Après deux mois, il a été transféré dans le nouveau centre d'hébergement solidaire de l'UNHCR. « Ici, au moins, les malades sont pris en charge et nous recevons des quantités de nourriture suffisantes », explique un Darfourien.

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