Vendredi 20 Avril 2018

Doug Jones, vainqueur inattendu en Alabama et nouveau héros démocrate

Doug Jones, vainqueur inattendu en Alabama et nouveau héros démocrate
(AFP 13/12/17)

Fort d'une victoire encore récemment inimaginable dans un tel bastion conservateur, le nouveau sénateur de l'Alabama Doug Jones s'est du même coup converti mardi en héros des démocrates, qui se prennent désormais à rêver de la reconquête du pouvoir à Washington.

"A ce carrefour de l'histoire de l'Alabama, empruntons la bonne route", avait exhorté cet ancien procureur fédéral âgé de 63 ans avant le scrutin.

Visage rond et affable, cheveux grisonnants, Doug Jones ne s'était jamais présenté à une élection. Jusqu'à ce qu'il se décide à tenter la course pour cette sénatoriale a priori perdue d'avance dans un Etat résolument conservateur, où Donald Trump, soutien officiel de son adversaire républicain, avait écrasé Hillary Clinton avec une avance de 28 points en 2016. Il l'a emporté mardi soir d'une courte tête, selon les projections des médias américains.

"Doug Jones est pro-avortement, faible sur la délinquance, l'armée et l'immigration, mauvais pour les armes et les vétérans et le mur", avait encore lancé le président américain le jour du scrutin.

Mais, impensable il y a encore quelques semaines, la victoire de ce défenseur du droit à l'avortement et de la lutte contre le réchauffement climatique a profité d'un spectaculaire rebondissement début novembre: les accusations d'attouchements sur deux mineures à la fin des années 1970 visant son opposant républicain Roy Moore, qui les rejette catégoriquement.

Ultra-conservateur prêchant contre l'homosexualité, l'avortement et l'immigration clandestine, Roy Moore divisait déjà auparavant dans son Etat, et avait dû renoncer par deux fois à la présidence de la Cour suprême de l'Alabama à cause de choix liés à ses croyances religieuses.

Après les allégations chocs, les démocrates s'étaient pris d'un espoir longtemps interdit: remporter ce siège de sénateur de l'Alabama - une première depuis un quart de siècle - puis, à la faveur de ce séisme électoral local, oser croire à la reconquête de Washington lors des législatives de 2018.

Depuis les quatre coins des Etats-Unis, les donations avaient afflué, pour financer des spots électoraux et tenter de mobiliser les Noirs, qui représentent un quart de l'électorat en Alabama.

Sa réputation d'ardent défenseur des droits civiques a pu l'aider à mobiliser cet électorat crucial.

Nommé procureur fédéral en 1997 par Bill Clinton, Doug Jones était en effet parvenu à faire condamner deux membres du Ku Klux Klan -- Bobby Frank Cherry et Thomas Blanton -- pour un attentat en 1963 contre une église fréquentée par des paroissiens noirs à Birmingham, en Alabama, lors duquel quatre jeunes filles noires avaient été tuées.

Choquant une grande partie de l'Amérique, cet attentat perpétré un dimanche, et juste quelques mois après l'arrestation de Martin Luther King Jr. pour une manifestation pacifique dans ce même Etat, avait marqué un moment décisif dans la lutte pour l'égalité des Noirs.

"La Justice a peut-être pris du retard mais elle a finalement été assurée", a déclaré Doug Jones à propos de cette affaire, "le crime le plus répugnant de l'Alabama au 20e siècle".

Né à Fairfield dans l'Alabama, marié et père de trois enfants, Doug Jones était au lycée lorsque l'Etat avait lancé sur ordre de la justice, et dans la tension, la déségrégation dans l'éducation secondaire.

L'ex-vice-président Joe Biden était venu en personne soutenir Doug Jones lors de sa campagne contre Roy Moore, et Barack Obama avait enregistré un message téléphonique sans équivoque pour les électeurs: "L'occasion est grave. Vous ne pouvez pas rester chez vous".

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