Jeudi 23 Novembre 2017

« Pour la première fois, le Mozambique est confronté au danger islamiste »

« Pour la première fois, le Mozambique est confronté au danger islamiste »
(Le Monde 23/10/17)
Une patrouille de police dans les rues de Maputo, au Mozambique, en septembre 2010. Crédits : Grant Neuenburg/REUTERS

Le chercheur Eric Morier-Genoud revient sur l’attaque menée par une secte locale contre des postes de police, le 5 octobre, à Mocimboa da Praia. Aux premières heures du jeudi 5 octobre, un groupe de 30 hommes armés a attaqué trois postes de police de Mocimboa da Praia, une petite ville de 30 000 habitants dans le nord du Mozambique. Ils ont tué deux policiers, volé des armes et des munitions, et occupé la ville.

Les assaillants ont informé la population locale qu’ils ne feraient de mal à personne, car leur lutte était contre l’Etat et la police. Ils ont expliqué qu’ils refusaient de payer des impôts ainsi que le système d’éducation et de santé étatique.

La réaction de l’Etat mozambicain a été rapide. La police a contre-attaqué, avec l’aide des forces spéciales de la capitale provinciale. Les combats ont duré plusieurs heures. Bilan : seize morts, dont deux policiers et un chef traditionnel.

L’attaque constitue un choc pour un pays aux prises avec de sérieux problèmes économiques (dettes et défaut de paiement) et politiques (guerre de basse intensité et négociations avec l’opposition). L’incident, suivi quelques jours plus tard d’une attaque contre un convoi de police, est en effet la première attaque armée islamiste au Mozambique.

Bonne entente interreligieuse

Les informations sur les islamistes de Mocimba da Praia sont peu nombreuses et confuses. On peut dire néanmoins que l’attaque du 5 octobre n’est pas l’œuvre des chabab de Somalie, ni une attaque de djihadistes venus de l’étranger. Ce n’est très probablement pas non plus une conspiration de l’Etat, contrairement à ce que certains avancent.

L’attaque a été menée par un groupe de jeunes musulmans qui ont, vers 2014, formé une secte, connue sous le nom d’Al-Chabab, dans la province de Cabo Delgado. A Mocimba da Praia, la secte contrôlait deux mosquées et demandait à ses adeptes de ne pas envoyer leurs enfants dans des institutions séculières telles qu’écoles et cliniques. Le groupe veut en effet que la charia soit appliquée.

Que l’attaque ait été menée par des Mozambicains ne diminue en rien l’aspect choquant de l’affaire, particulièrement dans un pays fier de sa bonne entente interreligieuse. En attendant d’en savoir plus sur ce qui a poussé ce groupe à attaquer l’Etat, il vaut la peine de revenir sur le contexte historique.

L’islam a une très vieille présence au Mozambique, particulièrement sur la côte et dans le nord du pays. Plusieurs sultanats et cheikats existaient avant que le Portugal n’occupe effectivement le territoire à la fin du XIXe siècle.

L’administration coloniale portugaise favorisa ouvertement le catholicisme, réprimant à plusieurs occasions l’islam, le protestantisme et les religions traditionnelles. L’islam gagna cependant du terrain durant cette période. En 1975, les musulmans constituaient officiellement 13 % de la population. Selon le recensement, ils étaient 17,8 % en 1997, mais ce chiffre est contesté par les musulmans, qui l’estiment trop bas.

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