Mardi 24 Avril 2018

La crise sans précédent de la monnaie mauritanienne

La crise sans précédent de la monnaie mauritanienne
(MondAfrique 11/01/18)
Moussa Fall, président du Mouvement pour un Changement Démocratique

Au lendemain de l’annonce par le gouvernement de la démonétisation de l’Ouguiya, l’économiste et homme politique, Moussa Fall, président du Mouvement pour un Changement Démocratique, estime dans un entretien avec nos confrères mauritaniens du “Calame” que la création d’une nouvelle monnaie par le pouvoir mauritanien masque une crise sans précédent et une dévaluation de la monnaie nationale, l’ouguiya

Le Calame : Lors de la célébration du 57e anniversaire de l’indépendance du pays, le président de la République, Mohamed Ould Abdel Aziz a annoncé la démonétisation de l’Ouguiya. C’est quoi, une opération de démonétisation? Et en quoi elle consiste ?

Moussa Fall : Initialement la valeur d’une monnaie était fixée en référence à une quantité déterminée d’or et assortie d’une garantie de son échange en or. Pour augmenter la quantité de monnaie, il fallait augmenter la quantité des réserves en métal précieux détenue par l’institut d’émission. C’était le système de l’étalon or. Par la suite la garantie de la convertibilité en or a été abandonnée et un système de change flottant est progressivement devenu la règle dans les marchés de change internationaux.

Aujourd’hui, les billets de banque sont des papiers qui n’ont pas de valeur intrinsèque. C’est l’autorité monétaire qui fixe au départ la valeur d’une monnaie par rapport à un panier de devises. Elle monétise ces billets en leur attribuant cette valeur. Cette valeur fluctue sur le marché de change en fonction du comportement de l’économie du pays. Quand les fluctuations reflètent les équilibres de l’offre et de la demande, les ajustements des cours à la hausse ou à la baisse se font automatiquement.

En Mauritanie, nous avons un système hybride avec des cours officiels administrés par la Banque Centrale et un marché de change étriqué qui ne répond pas à tous les besoins des transactions, et des cours réels qui reflètent la capacité effective de l’offre à satisfaire la demande. Dans ce système, la Banque Centrale intervient dans la fixation des cours au quotidien en tenant compte d’un ensemble de facteurs.

La démonétisation consiste à enlever à des papiers et à des pièces la valeur qui leur avait été attribuée initialement par l’institut d’émission. La démonétisation ne concerne que la monnaie en circulation sous forme de billets et de pièces. Les avoirs en comptes bancaires sont convertibles mais ne sont pas démonétisables. Par contre les billets redeviendront de simples papiers sans valeur à l’issue de leur période de validité. Une nouvelle valeur sera affectée à de nouveaux billets.

Le Calame. Pourquoi le gouvernement décide d’y recourir?

L’introduction d’une nouvelle monnaie se fait pour traiter les effets de l’hyperinflation. Quand la perte de valeur d’une monnaie atteint des proportions démesurées, on est amené, dans certains pays, à remplir des valises entières de billets de banque pour acheter des produits dérisoires comme une baguette de pain par exemple. Ce fut le cas au Brésil avant la réforme de 94 et au Zaïre de l’époque. C’est toujours le cas au Vietnam où 1 euro vaut 25.596,65 Dongs et en Indonésie où 1 euro vaut 15.130,82 Roupies.

Dans d’autres pays, au lieu de transporter des valises pour acheter un pain, on met en circulation des billets de banque avec des valeurs nominales astronomiques. Au Zimbabwe, par exemple, l’inflation en taux annuel a atteint en 2008, 2,2 millions pour cent poussant l’autorité monétaire à émettre en janvier 2009, des billets de cent mille milliards de dollars zimbabwéens. Pour faciliter la manipulation des billets et fluidifier les transactions, il s’impose dans de telles situations d’opérer une réforme monétaire en profondeur portant aussi bien sur les instruments de paiement proprement dits que sur les causes de l’hyperinflation elle-même.

En accompagnement de l’émission d’une nouvelle monnaie plus forte, il faut nécessairement, mettre en œuvre des plans de stabilisation puis de relance des économies concernées.

Pour ce qui nous concerne, nous subissons certes une inflation plus fortement ressentie que celle reconnue par les chiffres officiels. Mais nous sommes encore très loin de l’hyperinflation. Les billets de banque existants sont loin d’être encombrants. Une baguette de pain s’achetait avec un tout petit billet de 100 ouguiyas. Ni les valeurs nominales des billets ni leur pouvoir d’achat ne justifient leur remplacement par de nouvelles coupures.

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