Mercredi 22 Novembre 2017

Maurice, terre d’écueils

Maurice, terre d’écueils
(Médiapart 11/05/17)

Maurice, qui fêtera ses cinquante ans d'indépendance l'an prochain, est en pleine effervescence politique avec son lot de désolation habituel : corruption, népotisme, règne effréné de l'argent, toute puissance de notre service offshore dans l'économie, surdité chronique du pouvoir envers les laissés pour compte du développement. Le cri d'alarme de l'écrivain et journaliste mauricien Alain Gordon Gentil. Ce qui nous rassemble, nous rassure.

Ce qui nous sépare aussi.

Ce qui nous unit semble, quelques fois, relever d’un mystère,

Ce qui nous divise n’est un secret pour personne.

D’abord notre passé. Nous ne nous reconnaissons pas d’histoire commune. Ou si peu.

Il est affirmé, souvent, que c’est le propre des pays neufs, des nations en devenir. Peut être.

Mais nous, nous excellons dans l’art de l’exagération. Notre caractère porte encore les stigmates de la colonisation. française en particulier. Cet insupportable besoin soit de se dénigrer avec délectation soit de se gonfler de prétention.

C’est tout juste, en forçant un peu le trait, si nous sommes d’accord pour considérer le 12 Mars comme le début de notre avenir commun. Le télescopage de dates entre République et Indépendance était voulue. Pour les puissants du jour, qui avaient fait voter en vitesse et presqu’en catimini la République, il s’agissait de démontrer que notre vraie histoire commençait ce jour là. L’indépendance était une foutaise.

Nous sommes si particuliers : Avant même de nous reconnaitre une histoire officielle, nous avons déjà nos négationnistes.

C’est ainsi que l’on entend maintenant qu’il n’y a jamais eu de lutte pour l’indépendance. Qu’elle est arrivée sur un plateau, tranquille, sans même lever le petit doigt. Qu’il s’agissait à la limite d’une invention retransmise par les combattants du Parti Travailliste, Maurice Curé en tête, suivi d’un cortège de fabulateurs.

Bientôt il ne serait pas surprenant que nous apprenions qu’Anjalay Coopen, notre passionaria n’est jamais morte sous les balles en 1943 à Belle Vue Harel et que la déportation d’Emmanuel Anquetil à Rodrigues ne serait qu’une excroissance de nos imaginations romantiques.

Que Kwame N’Krumah à la tête du Ghana, (première colonie britannique à obtenir son indépendance en 1957) avait enduré des années de souffrances, de violence physique de la part des anglais pour rien. L’indépendance il suffisait de la demander, les anglais auraient dit : « Mais bien sûr… » en se confondant en excuses.

A la vérité nous sommes tout simplement quelques fois incapables de regarder notre histoire comme une aventure commune. Nous l’observons avec des lunettes de couleurs différentes. Il y a ceux qui évoquent leur Bretagne lointaine, leur Afrique fantasmé, leur Bihar rêvé, leur Gujarat chéri ou leur Chine millénaire.

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