Mardi 17 Octobre 2017

Maurice: l’Express dans le viseur de la police après un scandale d’État

Maurice: l’Express dans le viseur de la police après un scandale d’État
(L'Express.mu 27/09/17)

L’inquiétude était vive hier dans les rangs du grand quotidien mauricien. L’affaire tourne autour d’un scandale politico-financier.

La liberté de la presse serait-elle menacée dans l’île sœur ’ Il y a tout lieu de s’en inquiéter alors que les services de police mauriciens se sont présentés hier à 4h du matin, munis de mandats de perquisition au siège du quotidien L’Express et aux domiciles de son directeur de publication et de deux journalistes.
En cause, les révélations faites le 11 septembre dernier par le journal dans le scandale dit du  »Yerrigadoogate », du nom du ministre de la Justice Ravi Yerrigadoo, poussé à la démission quelques jours plus tard par le Premier Ministre Pravind Jugnauth face au tollé suscité par les éléments accablants publiés.
L’affaire, qui concerne du blanchiment d’argent vers des comptes en Suisse et à Dubaï au moyen de gains d’un site de paris en ligne, a éclaté suite aux déclarations d’un parieur professionnel indiquant avoir agi pour le compte d’un ami du ministre, avec la bénédiction de ce dernier. Dans une déclaration faite sous serment aux autorités et réitérée devant les journalistes de L’Express, le  »lanceur d’alerte », qui se sent menacé, explique, documents à l’appui, le mode opératoire employé et relate plusieurs entrevues et échanges de sms avec le ministre impliqué. L’ICAC (Independent Commission Against Corruption), l’organisme mauricien chargé de lutter contre la corruption, est saisie du dossier.

Messages de soutien

Mais coup de théâtre jeudi dernier, quand Hussein Abdool Rahim, le parieur-dénonciateur, revient subitement sur ses aveux au micro de Radio Plus, une antenne du groupe Défi Média, concurrent de L’Express. L’homme déclare avoir été manipulé par L’Express et un opposant politique pour faire tomber le ministre, prétendant même avoir été séquestré dans les locaux du journal.
«  Très vite, la rumeur a couru que nos journalistes allaient être arrêtés  » relate Audrey Harelle, journaliste à L’Express contactée hier par le JIR. C’est peut-être pour cela que les trois hommes ne se trouvaient pas à leurs domiciles respectifs lundi matin, quand la police  » a grimpé les murs et terrorisé les familles, comme pour de vulgaires criminels, alors qu’il suffisait d’un simple appel ou d’une communication écrite pour nous convoquer  » ont dénoncé hier le directeur de publication Nad Sivaramen et les deux journalistes visés, Axcel Chenney et Yassin Denmamode.
Tous trois se sont finalement rendus hier après-midi aux Casernes centrales, siège des services de police à Port-Louis, pour y être entendus en présence de leurs avocats, avant d’assister à la perquisition de leurs domiciles, et possiblement celle des locaux du journal.
«  On jouissait d’une certaine liberté de la presse dans ce pays, mais là y a de quoi s’inquiéter. Pourquoi un tel empressement à arrêter des journalistes, quand d’autres enquêtes traînent en longueur ’  », s’interroge notre consoeur.
En attendant, les journalistes ont reçu de nombreux messages de soutien et de sympathie sur les réseaux sociaux via le mot-clé #FightForTruth (combat pour la vérité). Leur site web, qui parle « d’un jour dramatique pour notre démocratie », traite en temps réel l’opération de police également suivie avec assiduité par les autres médias de l’île.

© Jir

Commentaires facebook