Mercredi 13 Décembre 2017

Bousculade meurtrière au Maroc: les familles pleurent les victimes

Bousculade meurtrière au Maroc: les familles pleurent les victimes
(AFP 20/11/17)

Sous le choc, les familles des 15 femmes tuées dans une bousculade lors d'une distribution d'aide dans un village reculé du Maroc ont commencé lundi à enterrer leurs proches dans la région d'Essaouira (sud-ouest).

"C’est un drame", dit un homme qui s'effondre en larmes après avoir mis en terre le cercueil de son épouse, décédée lors de la bousculade survenue dimanche à Sidi Boulaalam, un village rural et pauvre situé à environ 60 km au nord-est d'Essaouira. "Je n'ai pas mangé depuis deux jours, je ne bois que de l’eau", ajoute-t-il.

Son épouse, comme des centaines de femmes de tous âges, s'était rendue sur la place du marché pour bénéficier de la distribution de paniers remplis de farine, d'huile et de sucre, organisée chaque année par un bienfaiteur privé. Un mouvement de foule provoqué par l'affluence a provoqué la mort de 15 femmes. Dix autres ont été blessées.

Des enquêtes judiciaire et administrative ont été ouvertes pour déterminer les circonstances du drame qui a suscité l'indignation sur les réseaux sociaux et dans les médias.

Les corps des victimes étaient dans "un état lamentable", avec des "fractures, d'énormes hématomes", a témoigné un médecin légiste qui préfère taire son nom à la morgue de l'hôpital d'Essaouira.

"J'ai difficilement reconnu ma mère", pleure Mjid, un quadragénaire venu de Casablanca, la capitale économique, où il travaille.

Les effluves d'encens peinent à atténuer l'odeur pestilentielle qui se dégage des cadavres enveloppés dans des couvertures. Les familles identifient les corps avant de récupérer un certificat de décès.

Des ambulances attendent la levée des dépouilles puis partent sous escorte vers les différents cimetières de la région. Le roi Mohammed VI a pris en charge les frais d'obsèques et les soins aux blessées.

- 'tragédie sans précédent' -

"J'ai perdu ma grande sœur", se lamente dans la morgue Habiba, une femme emmitouflée dans une djellaba rose, un voile sur les cheveux.

"Elle était venue prendre de l'huile et de la farine, mais il y avait trop de monde. Ma sœur est tombée et on lui a marché dessus", déplore cette femme illettrée qui sort sa carte d'identité pour montrer sa date de naissance quand on lui demande son âge (57 ans).

"Les gens ici vivent dans le besoin, il n'y a pas d'agriculture, pas de travail", dit Mjid pour expliquer l'affluence à la distribution d'aide alimentaire. Lui-même a fui jeune Sidi Boulaalam, un village de 8.000 âmes qui vivote de l'élevage.

Un rapport officiel rendu public début octobre avait décrit la persistance d'une grande pauvreté dans le milieu rural et les zones enclavées au Maroc, pays de 35 millions d'habitants.

"Le 19 novembre 2017 restera dans l’Histoire du Maroc comme le jour d’une tragédie sans précédent (...). Le responsable final est connu. Il faut l’appeler par son nom. C’est la pauvreté", commentait lundi le site d'information Médias 24.

"Honte", titrait à la Une le quotidien arabophone Akhbar Al-Yaoum. Son site internet liste les noms et les âges des "martyres de la farine", âgées de 32 à 80 ans, pour la plupart mères de famille.

- 'Encadrer strictement' -

Les autorités locales, elles, estiment que la misère n'a rien à voir avec la tragédie. "En plus des nécessiteux, il y avait des citoyens qui n’avaient besoin de rien et sont venus pour profiter, ou même pour spéculer, pour prendre de l’aide et la vendre", a déclaré à l'AFP une source au sein de l’exécutif sous couvert d'anonymat.

Le ministère de l'Intérieur a appelé dans un communiqué à "ne pas surenchérir en invoquant les besoins des personnes nécessiteuses ou en les grossissant à outrance".

"C'est un problème d'encadrement et d'organisation. Les habitants ici sont modestes mais personne ici ne meurt de faim", assure Fatima, une habitante de Sidi Boulaalam rencontrée à la morgue.

Les autorités locales, elles, assurent que "toutes les dispositions avaient été prises pour que tout se passe bien. Mais "l’affluence a dépassé les estimations", soutient la source au sein de l'exécutif local et "quand il y a un mouvement de foule c'est impossible à contrôler".

Le roi a donné lundi des instructions pour "encadrer strictement les opérations d’appel à la générosité publique et de distribution d’aides aux populations démunies", selon le ministère de l'Intérieur.

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