Samedi 24 Février 2018

Régime de change : l'Angola et le Maroc font-ils le bon choix ?

Régime de change : l'Angola et le Maroc font-ils le bon choix ?
(La Tribune 13/02/18)
La banque centrale de l'Angola

Janvier 2018 a vu deux big bang monétaires transpercer le ciel africain. Les étalons de l'Angola et du Maroc, jusqu'alors en régime de change fixe, ont basculé en taux de change flottant. Véritables électrochocs monétaires, ces deux événements pourraient bien être les précurseurs d'une vague de réformes ondoyantes un peu partout sur le Continent.

Le cas angolais est le plus éclairant des défis de ces réformes. Le kwanza, étalon national de l'Angola pétrolier, fonctionnait jusqu'alors en régime de change fixe. Depuis 2016 et l'arrimage au dollar, il fallait 166 kwanza pour 1 dollar, quand sur le marché noir, très loin du taux de change officiel, il en fallait 400 pour la même correspondance en billet vert.
Rétablissement des comptes publics vs amplification des atouts

Les avantages des taux de change fixes sont bien connus, entre le pouvoir qu'ils accordent aux autorités monétaires pour ajuster la monnaie à la situation économique et la visibilité offerte sur le long terme. Tout va se dégrader pour l'Angola à partir de la fin 2014 et la chute des cours du pétrole. L'or noir étant le phare de l'économie, les revenus fondent et les réserves s'amenuisent. Ces dernières passent de 20 milliards de dollars début 2017 à 15,4 milliards en octobre, puis 14,2 milliards en novembre. Les autorités monétaires obligées de réagir vont donc déboulonner le kwanza de son ancrage fixe pour le laisser bouger dans un espace de fluctuation dont les contours sont tenus secrets. Cette mesure est assortie d'un strict contrôle des changes pour limiter la fuite des capitaux.

Le Maroc est dans une situation très différente, mais a fait la même manœuvre. Le 15 janvier, le Royaume a mis fin à son régime de change fixe datant des années 1970 en flexibilisant le dirham dans un tunnel de fluctuation de +2,5% vis-à-vis de sa valeur pivot. Non essentiellement dépendant des exportations de matières premières et donc non «surdépendant» de la santé économique mondiale, le Maroc prend même ce virage en étant en plutôt bonne forme. La croissance fut de 4,1% en 2017 selon la banque mondiale, les réserves de change sont à hauteur de 5 mois et le déficit du compte courant (échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants) est inférieur à 2,5%.

L'on voit clairement que les deux pays, dans deux conjonctures économiques différentes, ne poursuivent pas les mêmes objectifs tout en ayant adopté sensiblement la même stratégie. L'un le fait essentiellement pour rétablir ses comptes publics, l'autre pour amplifier ses atouts dans un contexte de reprise mondiale.

L'Angola, dos au mur et victime du tout pétrole qui pèse 87% de son PIB est contraint de réagir face au repli des cours du baril qui tarit ses réserves de change. Le nœud du problème angolais est précisément là, car étant essentiellement exportateur d'hydrocarbures, l'Angola importe par ricochet énormément de biens qu'il doit évidemment régler en devises, lesquelles fondent désespérément. Au-delà des réserves, l'Angola tente également d'améliorer le rendement de son eurobond, lequel améliorerait la situation de sa dette publique qui culminait à 64,5% du PIB en 2017.

Le Royaume du Maroc est dans une tout autre configuration. Il cherche clairement à pousser son avantage. En permettant à sa monnaie des variations contrôlées selon la loi du marché, le royaume cherche à se doter de la possibilité de mieux gérer les chocs externes en accordant une adaptabilité à sa monnaie.

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