Mali: l'ex-rébellion privilégie la piste de l'assassinat dans la mort de son chef militaire | Africatime
Vendredi 24 Mars 2017

Mali: l'ex-rébellion privilégie la piste de l'assassinat dans la mort de son chef militaire

Mali: l'ex-rébellion privilégie la piste de l'assassinat dans la mort de son chef militaire
(AFP 10/10/16)

L'ex-rébellion à dominante touareg du nord du Mali a dénoncé dimanche un "assassinat", au lendemain de la mort de son chef militaire dans une explosion à Kidal, théâtre de récents combats entre groupes signataires de l'accord de paix.

Les conséquences sur le processus de paix de la mort de Cheikh Ag Aoussa, considéré comme "un faucon" de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA, ex-rébellion), au sortir d'une réunion au camp de la Mission de l'ONU au Mali (Minusma), apparaissaient incertaines dans l'immédiat.

La CMA a demandé "instamment à la Minusma et à (la force française) Barkhane de collaborer avec elle pour l'ouverture d'une enquête diligente sur les circonstances de cet assassinat odieux incontestablement prémédité".

Un élu de Kidal (nord-est) et une source militaire africaine au sein de la Minusma ont affirmé qu'il avait été tué par l'explosion d'une mine au passage de sa voiture, mais selon l'ex-rébellion l'explosif a été placé sur le véhicule, accréditant plutôt la thèse d'un assassinat.

L'explosion s'est produite peu après le départ de la réunion samedi de Cheikh Ag Aoussa, avec quatre autres dirigeants de la CMA, à quelques centaines de mètres du camp, selon un document interne de la CMA consulté par l'AFP.

Cette réunion sur la sécurité entre responsables militaires de la CMA, de la Minusma et de Barkhane se tenait là "tous les 15 jours", a précisé à l'AFP la porte-parole en chef de la Minusma, Radhia Achouri.

L'explosion s'est produite vers 18H00 (locales et GMT) à environ 300 mètres du camp, a-t-elle indiqué, soulignant la difficulté d'établir dans l'immédiat la nature de l'engin à l'origine de la déflagration sans l'avis d'experts.

L'ex-rébellion a souligné que "comme d'habitude, les véhicules des représentants de la CMA étaient stationnés à l'intérieur du camp de la Minusma pendant toute la durée de la réunion".

"Tous les constats ont écarté le passage sur une mine: la voiture était donc piégée et il s'agit d'un assassinat ciblé. Tout porte à croire que l'engin explosif a été placé sur le véhicule du défunt pendant la réunion et dans l'enceinte du camp", selon la CMA.

- 'Agir avec retenue' -

Dans une tentative de désamorcer les tensions, la Minusma a appelé dans un communiqué dimanche "à une action rapide pour que les auteurs de cette attaque soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice", exhortant à "éviter les spéculations et les allégations infondées, et à agir avec retenue et responsabilité".

Des combats meurtriers pour le contrôle de Kidal ont opposé en juillet, août et septembre la CMA au Groupe d'autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia, progouvernemental).

Ces hostilités entre groupes pourtant tous signataires de l'accord de paix de mai-juin 2015 inquiètent la communauté internationale, qui a menacé à plusieurs reprises ces dernières semaines les fauteurs de troubles de "sanctions ciblées".

Par ailleurs, en visite à Bamako, la chancelière allemande Angela Merkel, dont le pays participe à la Minusma et dirige la Mission européenne de formation de l'armée malienne (EUTM), a plaidé pour une pleine intégration militaire des populations du Nord, afin "que les soldats maliens se considèrent comme une seule armée pour un seul pays".

Cheikh Ag Aoussa était le numéro deux du Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA), formé en grande partie d'anciens membres du groupe jihadiste Ansar Dine, dirigé par une personnalité très influente de sa tribu des Touareg Ifoghas, Iyad Ag Ghaly.

Dans un enregistrement sonore il y a un an, Iyad Ag Ghaly avait menacé les groupes signataires de l'accord de paix, les accusant de trahison.

En 2012, Cheikh Ag Aoussa était le bras droit du chef d'Ansar Dine. Mais juste après l'intervention française de janvier 2013, les routes des deux hommes s'étaient écartées et Ag Aoussa avait ensuite rejoint le HCUA.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, à la faveur de la déroute de l'armée face à la rébellion, un temps alliée à ces groupes, qui l'ont ensuite évincée.

Les jihadistes en ont été en grande partie chassés après le lancement en 2013, à l'initiative de la France, d'une intervention militaire internationale, qui se poursuit actuellement.

Mais des zones entières échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères, malgré la signature de l'accord de paix censé isoler définitivement les jihadistes, dont l'application accumule les retards.

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