Patrick, albinos au Malawi : « J’ai peur de devenir fou » | Africatime
Jeudi 30 Mars 2017

Patrick, albinos au Malawi : « J’ai peur de devenir fou »

Patrick, albinos au Malawi : « J’ai peur de devenir fou »
(Le Monde 28/02/17)
Patrick et sa petite famille.

Les albinos du Malawi racontent leur quotidien (2/5).
Il y a deux ans, la vie de Patrick a basculé après une tentative de mutilation et d’enlèvement.
Patrick vit dans le district de Phalombe, dans l’est du Malawi, à la frontière avec le Mozambique, à plusieurs heures de marche de la première route bitumée. A 18 ans, marié et père de deux enfants, il ne comprend pas pourquoi la société lui inflige autant d’épreuves. Après cinq ans passés dans une entreprise de manutention, il a fini par cesser d’aller travailler pour se protéger des agressions.
« Est-ce que je suis fou ? Ma famille dit que je suis fou. Je commence à le penser aussi. Pour être honnête, j’ai peur de devenir fou. Tout a commencé il y a deux ans. Je travaillais dans la manutention à l’époque, j’étais heureux de me lever le matin. J’allais à pied au travail, j’avais des amis là-bas, on allait boire des bières à la fin de la journée.

Mais deux collègues me regardaient de travers. Tout le temps. Au début, je n’y faisais pas attention. Etait-ce parce que j’étais albinos ? Je m’en suis vite rendu compte. Ils m’ont attaqué, un jour de juin. Ils ont essayé de me couper un doigt. Selon eux, ça vaut cher un doigt à la revente, plusieurs centaines de dollars. C’est comme ça, c’est la culture du Malawi. C’est triste, mais c’est comme ça.

Je me suis débattu, j’ai crié. Mes amis au travail ont appelé la police, et les deux hommes ont été arrêtés. Ma famille a laissé un numéro de téléphone au commissariat, on voulait savoir ce qui allait leur arriver. Mais jamais le téléphone n’a sonné. Les hommes ont été relâchés après quelques jours. Ils sont dehors maintenant, ce sont des gens d’ici. Ils n’habitent pas loin de chez moi. Je n’ai pas peur d’eux, mais je me dis qu’ils sont là, et qu’ils m’en veulent.
« A cause de ma couleur de peau »

Dans la maison, j’habite avec ma femme Moureen, mon fils Detauran, et Marico, le fils de ma sœur, qui était aussi albinos. Elle est décédée il y a quelques années maintenant. J’ai décidé de m’occuper de Marico avec ma femme. J’ai envie que Detauran et lui aillent tous les deux à l’école. Moi, j’ai dû la quitter quand j’avais 11 ans. Je n’en pouvais plus des remarques des autres enfants, ils me pointaient du doigt en permanence. J’ai dit à mes parents que je préférais rester à la maison, ils ont accepté. Très vite ensuite, j’ai commencé à travailler.

Pendant quelques années, tout s’est bien passé, j’oubliais presque que j’étais albinos. Les hommes me lançaient quelques remarques, mais rien de plus. Jusqu’à l’incident du doigt. A partir de ce moment, tout s’est enchaîné. Quelques mois plus tard, j’ai eu un autre problème. Un problème avec les hommes de la police. Ils sont venus ici, dans la maison, et m’ont emmené. Sans rien me dire. C’était l’année dernière, c’était au début de 2016.

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