Vendredi 15 Décembre 2017

Louis, « hyène » du Malawi et fier de l’être

Louis, « hyène » du Malawi et fier de l’être
(Le Monde 26/07/17)
Louis Foté.

Rencontre avec un « fisi », payé par des familles dans le sud du pays pour « purifier sexuellement » les femmes. Malgré la loi de 2013 qui interdit cette pratique du viol contractualisé.
Partout ailleurs, il aurait peur d’être derrière les barreaux. A Nsanje, dans l’extrême sud du Malawi, il s’assied sous un manguier, étire les bras sous la pluie battante et a le sourire facile. Louis Foté est une « hyène », un fisi en langue chichewa. Payé pour avoir des relations sexuelles non consenties – et non protégées – avec des fillettes, des jeunes filles, des femmes, il parcourt les communautés et prodigue ses services à la demande des familles qui redoutent les malheurs qui leur sont promis s’ils ne respectent pas la « tradition ».
La « tradition » du camp d’« initiation sexuelle », où les jeunes Malawites sont envoyées par leur famille, dès leurs premières règles, à 9, 12 ou 15 ans, pour être déflorées de force et apprendre à satisfaire sexuellement les hommes. Une « tradition » qui impose aux femmes d’être « purifiées » pour leur enlever un sort, lutter contre une maladie ou chasser le fantôme d’un enfant, d’un mari ou d’un frère décédé. « En somme, je leur évite des problèmes », se vante Louis Foté.
« Ce n’est pas grave, elle ne comprend pas »

En amont de l’entretien avec le fisi réalisé dans un village voisin du sien, la maîtresse de maison censée nous recevoir s’emporte et refuse qu’il passe le pas de sa porte : « Un homme comme lui n’a rien à faire ici ! » Avant de s’en prendre à son mari qui avait organisé le rendez-vous sans la consulter. Malgré la pluie incessante, Louis attend sous un manguier et reste impassible. « Ce n’est pas grave, elle ne comprend pas », lâche-t-il en haussant les épaules.

« Je m’appelle Louis, j’ai 39 ans, et je suis une hyène, que voulez-vous savoir ? », embraye l’homme sur un ton amical. Partout au Malawi, les hyènes sont devenues un sujet tabou depuis la condamnation à deux ans de prison d’Eric Aniva en novembre 2016. Lors d’un procès très médiatisé, le premier sur la question, Eric Aniva, qui a vendu ses services de « hyène », a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec 104 femmes dans le cadre du kusasa fumbi, la « purification sexuelle » des femmes.

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