Mercredi 18 Octobre 2017

Les « hyènes » du Malawi : « Au début, tout le monde niait l’existence de cette coutume »

Les « hyènes » du Malawi : « Au début, tout le monde niait l’existence de cette coutume »
(Le Monde 28/07/17)
Une femme renant du champs.

Au cours de son enquête sur les rites de « purification sexuelle », notre reporter a été confronté à l’omerta qui entoure le sujet dans certaines régions écrasées par le poids des traditions.
Notre série de reportages sur les « hyènes » du Malawi, ces hommes payés par des familles pour « initier » ou « purifier » sexuellement des fillettes et des femmes, a suscité de nombreuses réactions. Autrefois présente dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est, en Tanzanie et au Kenya notamment, cette tradition a peu à peu disparu sous l’impulsion des gouvernants. Au Malawi, la loi interdit ces pratiques terribles, mais la coutume demeure dans l’extrême-sud du pays. Amaury Hauchard, l’auteur de cette série, explique dans quelles conditions il a mené cette enquête sur ce sujet tabou et les questionnements auxquels il a été confronté.

Comment avez-vous entendu parler des « hyènes » du Malawi ?

Amaury Hauchard J’ai découvert le sujet via un ami qui avait écouté un documentaire sur le sujet diffusé par la BBC en 2016. J’avais conscience de l’existence de telles pratiques en Afrique de l’Est, mais elles étaient pour moi ancrées dans le passé. A mon arrivée à Blantyre, d’ailleurs, beaucoup de citadins m’ont confié être persuadés que cette tradition n’existait plus. C’est en prenant le temps d’aller dans les régions reculées, de m’asseoir avec les gens, de passer des soirées à discuter autour d’une bière que les langues ont commencé à se délier. Que les camps d’« initiation sexuelle » ont été approuvés d’un hochement de tête, quand tout le monde niait leur existence quelques heures auparavant. A cause de l’affaire Eric Aniva, une « hyène » condamnée pour avoir eu des relations sexuelles non protégées avec plus d’une centaine de filles, le sujet est tabou au Malawi. Personne ne veut prendre le risque d’être jugé ni emprisonné.

Comment avez-vous travaillé sur le sujet ?

Je pense qu’il faut rendre aux ONG le bénéfice du travail accompli, et notamment à Girls Empowerment Network-Malawi, qui lutte d’arrache-pied pour la défense des droits des enfants et des filles. L’association a un site Internet. C’est avec les personnels de cette association malawite que j’ai pu rencontrer des filles et des femmes touchées par le phénomène. Il m’aurait été impossible, en tant que Français, Blanc et qui plus est homme, de discuter comme je l’ai fait, sur la longueur, avec ces filles et ces femmes.

D’autres personnes m’ont aidé dans le travail de traduction et d’enquête : un journaliste local à Nsanje, du personnel humanitaire à Mulanje et à Nsanje, un journaliste de l’AFP à Blantyre… Tous ont été d’une grande aide. La confiance est nécessaire dans la traduction d’un récit aussi poignant que celui d’une fille séropositive de 10 ans ou d’un homme séropositif et « hyène ». Merci à eux.

Cela a-t-il été compliqué ?

Le plus compliqué a été de rencontrer les « hyènes ». J’ai tenu à en rencontrer plusieurs – une dizaine au total – pour essayer de comprendre sans juger. Je dis « essayer », car il est compliqué de porter un regard occidental sur des pratiques culturelles communément admises dans certaines régions du Malawi, un pays qui a pourtant ratifié la Convention internationale de 1989 sur les droits des enfants. On ne peut pas saisir toutes les nuances d’une culture en trois semaines de reportage et quelques mois de préparation en amont.

Evidemment, j’ai été choqué. Evidemment, je ne peux accepter de telles pratiques. Evidemment, je ne peux me résoudre à observer avec neutralité la culture du « kusasa fumbi » – la « purification sexuelle ». Mais comment réagir quand une « hyène » me dit, de but en blanc en début d’interview, les yeux dans les yeux : « Qui êtes-vous, vous qui êtes Européen et qui ne connaissez en rien notre culture, pour me juger ? » Cela pose, inéluctablement, des questions auxquelles il est compliqué de répondre : dans quelle mesure le relativisme culturel doit-il entrer en ligne de compte dans un reportage comme celui-ci ?

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