Ian, albinos au Malawi : « Je suis journaliste, je suis acteur, je suis un homme comme les autres » | Africatime
Jeudi 27 Avril 2017

Ian, albinos au Malawi : « Je suis journaliste, je suis acteur, je suis un homme comme les autres »

Ian, albinos au Malawi : « Je suis journaliste, je suis acteur, je suis un homme comme les autres »
(Le Monde 03/03/17)
Ian Simbota est journaliste à la Malawi Broadcast Channel 1.

Les albinos du Malawi racontent leur quotidien (5/5). Journaliste à la radio publique, Ian veut se présenter aux législatives de 2019 pour faire bouger la condition des albinos.
Ian Simbota est journaliste à la Malawi Broadcast Channel 1 (MBC1), la radio publique du Malawi. Il habite Blantyre, la capitale économique du pays. Les ONG considèrent que les albinos sont plus en sécurité dans les villes comme Lilongwe et Blantyre qu’en campagne, où l’Etat de droit peine à s’implanter. Mais le quotidien de Ian n’est pas de tout repos.
« J’adore mon travail. Parler aux gens tous les matins, ça me fait oublier que je suis albinos. Quand ils vous écoutent à la radio, ils ne vous jugent pas sur votre couleur de peau, ils écoutent votre voix. J’adore pouvoir parler sans tout ramener à mon albinisme.

C’est vrai que j’en tire une certaine célébrité. Beaucoup de gens me connaissent et m’interpellent sur les réseaux sociaux. Mais une fois que je quitte le studio, je redeviens un albinos. Dès que je quitte la radio, je redécouvre mon pays, un pays où j’ai peur pour ma sécurité quand je marche dans la rue.

En décembre 2016, je suis sorti du studio à huit heures du soir. Il fait nuit à Blantyre à huit heures. Quand je finis tard comme ça, la radio m’envoie un chauffeur pour me ramener chez moi. C’est trop dangereux sinon. Ce soir-là, il n’est pas venu. Je suis parti à pied, je me suis fait attaquer. En pleine rue. Deux hommes m’ont volé mes lunettes et mon portefeuille. Est-ce qu’ils m’en voulaient parce que je suis albinos ? Je ne sais pas. Je me suis enfui, j’ai couru.

J’habite avec ma sœur Annie. Elle est aussi albinos. Pour moi, ça va, je n’ai pas peur des hommes. Mais tous les jours, je me demande : où est Anna ? Pour elle, c’est facile, elle peut savoir où je suis en permanence en écoutant la radio. Mais moi, je ne sais pas ce qu’elle fait et où elle est. Elle est professeure, il peut lui arriver n’importe quoi quand elle rentre de l’école.

Ce n’est pas normal de vivre dans un pays où je ne me sens pas chez moi. J’ai peur d’être un homme au Malawi. C’est absurde. Si les militaires peuvent protéger nos forêts contre les braconniers, pourquoi ne peuvent-ils pas protéger les albinos ? La justice ne marche pas ici, rien n’est fait pour nous. Le gouvernement ne fait rien, Mutharika [le président du Malawi] ne fait rien.

Le gouvernement nous dit qu’il prend des mesures, que les cas d’enlèvement sont isolés. Comment peut-on dire ça quand on a une attaque tous les mois ? Il y a deux options : soit le Malawi n’arrive pas à sécuriser son territoire, soit il sait très bien ce qu’il s’y passe mais ne prend pas les mesures nécessaires.

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