Samedi 22 Juillet 2017

Le kidnapping : un sport national ?

Le kidnapping : un sport national ?
(La Gazette de Madagascar 18/05/17)

Navré, oui on est navré et désolé du kidnapping survenu dans le quartier d’Ilafy sur la personne de Yanish Ismael, fils du milliardaire Danil Ismael. Cette famille d’origine indienne qui possède la double nationalité française et malgache est arrivée sur nos terres depuis quatre générations déjà. Elle parle couramment notre langue, elle a créé des dizaines de milliers d’emplois à Madagascar, elle a œuvré dans l’humanitaire pour nos concitoyens et ce d’une manière effective à travers l‘association AKAMA qui fait venir des médecins étrangers (généralistes, ophtalmos, chirurgiens…) pour soigner, sinon pour opérer gracieusement nos malades de toutes les régions en trimbalant partout avec eux des médicaments et des matériels chirurgicaux.

Dans notre vision du monde malgache, cette famille ne mérite plus la dénomination de « karana » qui est l’appellation péjorative faite aux familles d’origine indo-pakistanaise, par certains Malgaches peu enclins à l’ouverture. Danil Ismael et ses descendants sont aujourd’hui une famille malgache plus patriote que certains autochtones qui vendraient père et mère pour acquérir la nationalité française.

Nous sommes encore navrés que ce fils de la grande île ait été enlevé par une escouade de bandits armés utilisant des armes de guerre comme les Kalachnikov que seules nos forces de l’ordre sont censées utiliser. Et on est désolé du manque d’envolée en termes d’intégration humaine de nos compatriotes. En minimisant les faits délictuels que subissent les communautés indo-pakistanaises, nous faisons preuve de racisme qui est un sentiment trivial et qui ne doit plus avoir cours de nos jours. Nous sommes surtout honteux du fait que les Malgaches à tous les niveaux jouent dans le dénigrement systématique d’une minorité communautaire qui est reconnue comme le moteur de notre économie.

En fait, on a déjà essayé d’attirer l’attention de ceux qui nous gouvernent, sur le kidnapping dans la Sentinelle parue le 9 février 2016. L’article en question dénonçait l’incongruité de la peine prononcée pour un kidnapping. La légèreté de la sanction émise était une insulte à toutes les victimes, et son effet sociétal n’était ni plus ni moins qu’une incitation à commettre ce genre de crime.

Effectivement, vu la pauvreté ambiante qui règne dans notre pays en ce moment, l’appât du gain facilement obtenu avec le minimum de risques attire les malfrats de tous bords qui ont fait du kidnapping leur activité de prédilection. Pour un truand, le choix de l’enlèvement comme spécialisation criminelle est vite fait au vu, premièrement, de la bénignité des sanctions infligées par nos tribunaux au cas où il se fait épingler. Et deuxièmement, la chaine de la corruption en place depuis des temps immémoriaux dans le système carcéral est une manne pour le grand banditisme qui peut payer son séjour comme sa sortie de prison. L’affaire Claudine Razaimamonjy est une illustration éloquente de ce dysfonctionnement juridico-carcéral.

Pour éviter que cela ne perdure, il faut que la sanction ait une proportionnalité à la mesure du délit, pour que la justice ne vire en injustice. Il existe des référents aux Etats Unis qui ont classé le kidnapping comme crime abominable passible de condamnation à mort ou de perpétuité non rétractable.

Il faut maintenant que l’exécutif, le législatif et le système judiciaire malgaches aient la ferme volonté d’éradiquer ce phénomène qui n’épargnera personne au rythme où l’on va. L’inhumanité des actes perpétrés par les bandits donne l’opportunité à nos hommes et nos femmes de loi, de sévir durement pour juguler la prolifération de ce genre de crime sur notre île. Alors, il faudra se pencher sur la réactualisation des lois devenues désuètes et des procédés administratifs y afférents car ils sont non conformes à la réalité par les temps qui courent. Le refus de se réajuster selon le contexte actuel où le danger est imminent à chaque coin de rue, est un aveu de connivence avec le grand banditisme armé.

En revenant sur l’enlèvement de Yanish Ismael, le mode opératoire adopté par les ravisseurs est tellement culotté car il s’est fait en pleine journée. L’aplomb qu’on a mis pour le faire, dénote une certaine confiance en leur supériorité en termes de puissance de feu. Effectivement, l’arsenal de guerre que les bandits avaient en leur possession empêchait toutes velléités de résistance de l’assistance. Toutefois, un garde du corps d’un autre opérateur économique indien, présent en ces lieux de recueillement qu’est le cimetière d’Ilafy, voulait réagir, mais mal lui en a pris car il avait sûrement affaire à une bande organisée de professionnels aguerris par un passage chez les militaires.

En effet la précision du tir visant uniquement le body guard est telle qu’il n’y a pas d’hésitation à impliquer un élément des forces de l’ordre, ou à la rigueur un ex-tireur d’élite de la grande muette derrière cette prouesse. Heureusement que d’après les informations qui nous sont parvenues, le blessé s’en est tiré avec un bassin transpercé, un rein escamoté et l’ablation de trente centimètres d’intestins perforés, évitant de peu l’atteinte de la moelle épinière qui aurait pu entrainer une paralysie. En y réfléchissant bien, un indicateur proche de la famille informait les malfrats sur les faits et gestes de Yanish Ismael. Il connaissait même le programme de ce dernier, permettant ainsi aux ravisseurs d’évaluer la faisabilité de l’opération kidnapping en comparant les forces en présence. Il va sans dire que l’indicateur connaissait le programme de Yanish le fils du grand patron de la multinationale SMTP, et l’endroit où il serait à un moment précis de sa journée.

Sur ces faits, en attendant l’évolution de la situation, c’est maintenant aux autorités compétentes de faire suivre l’enquête. On ne peut que souhaiter un bon dénouement à ce rapt digne des méfaits de DAESH, et que Yanish nous revienne sain et sauf…

Max Randriantefy

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