Affaire Befandriana-Nord: des témoignages d’une horreur effroyable à Antsakabary | Africatime
Lundi 24 Avril 2017

Affaire Befandriana-Nord: des témoignages d’une horreur effroyable à Antsakabary

Affaire Befandriana-Nord: des témoignages d’une horreur effroyable à Antsakabary
(Madagascar Tribune 20/03/17)

La Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) qui a diligenté une investigation dans la commune rurale d’Antsakabary, district de Befandriana-Nord du 02 au 07 mars 2017 a livré ses conclusions à la presse ce 17 mars. Les témoignages recueillis par le CNIDH font froid dans le dos. En premier lieu, les deux policiers victimes de la vindicte populaire ont été tué d’une façon inhumaine selon les enquêteurs, « le sous-brigadier Dieu Donné Razafison et l’agent de police de premier échelon Samson Razafindramevajery ont été tués avec barbarie. L’examen des dépouilles révèlent de nombreuses perforations sur la boîte crânienne. Des blocs de pierre ont été par la suite jetés sur leurs têtes et leurs armes. Des entailles profondes faites avec plusieurs armes blanches ont été constatées lors des autopsies. Des témoignages indiquent qu’ils ont été tailladés au coutelas, même déjà morts ».

Les représailles des policiers relève tout autant de la barbarie humaine selon les enquêtes de la CNIDH qui révèlent l’implication du peloton policier, conduit par un officier de police, adjoint du commandant des Forces d’Intervention de la Police (FIP) à Mahajanga.

Pour ce qui est de l’incendie des villages et l’homicide involontaire, la CNIDH relève que « dans le village d’Ambinanindrano, dans l’après-midi du 22 février, Safeno, une femme non voyante âgée de 76 ans a été brûlée vive dans son foyer. Emmenées par les policiers qui se sont déployés dans le village, ses voisins n’ont pas pu la sauver de la maison en feu. Son corps a été inhumé le 28 février. Des témoins des faits n’indiquent toutefois pas qu’elle a été sciemment brûlée dans son foyer. Au total 487 toits ont été ravagés par le feu selon les statistiques recueillies auprès du chef d’arrondissement d’Antsakabary, dont 80 à Ambalamanga Ankisigny, 230 à Ambinanindrano, 80 à Antanagnambo, 75 à Ambodifinesy et 22 à Ambohitraivo. Des dizaines de tonnes de paddy, des vivres, des marchandises de commerce, des fiches individuelles de bovidés, des matériels et d’une église à l’instar de bibles ; des papiers fonciers ainsi que les économies de certains villageois sont calcinés. »

Mais en plus de ces incendies criminels, les villageois ont été maltraités et torturés publiquement par les policiers. L’appareil génital d’un individu a été induit de piment après qu’il ait été dépouillé d’une somme s’élevant à 100 000 Ariary d’après les enquêtes. Des villageois arrêtés ont été ligotés par des policiers armés, forcés à se mettre à plat ventre dans la boue et à se déplacer en s’agenouillant. Des dizaines d’individus affirment avoir été écrasés à coups de brodequins dans le dos, giflés, aspergés de lacrymogène et battus à coups de crosse de fusils. Arrêtées dans l’après-midi du mercredi 22 février, près des 400 personnes ont été gardées dans une salle dans le village de Tavenina pour y passer la nuit sans nourriture. Une soixantaine de personnes, victimes de sérieuses blessures aux genoux se sont entre autres présentées dans des centres de soins. Cinq (05) autres, victimes de suffocation au lacrymogène, ont été par ailleurs hospitalisées d’après les statistiques.

Des témoignages révèlent également que des portes de maisons ont été fracturées à Ambalamanga et que des policiers s’y sont introduits pour faire des fouilles avant que leurs demeures ne soient incendiées. Dans le village d’Ambinanindrano, des sinistrés affirment avoir vu des policiers quitter les lieux avec des animaux de basse-cour et des coutelas qu’ils utilisent dans les champs.

Une jeune femme âgée d’une vingtaine d’année a profité de la descente de la CNIDH pour porter plainte contre les policiers missionnaires. « On m’a obligée de soulever mes vêtements devant les villageois et montrer mes seins. On m’a touchée sur le ventre », a relaté la plaignante. Des témoins confortent sa dénonciation.

Outre les comportements répréhensibles dénoncés par la jeune femme, le maire d’Antsakabary ainsi que le deuxième adjoint ont été menottés en public et maltraités pendant une marche de trois heures sur une distance d’une vingtaine de kilomètres, jusqu’au village de Maroadabo selon toujours les enquêtes. Un policier s’est permis de planter le canon de son fusil dans le ventre de l’élu.

Un membre du comité local de sécurité d’Ambohitraivo a été forcé de mettre le feu à sa maison. A Tavenina, des villageois arrêtés ont affirmé avoir été contraints de se recroqueviller sur la boue et sommés d’en avaler, outre les nombreuses insultes et propos indécents.

Des leaders d’opinion à l’instar du maire d’Antsakabary, son deuxième adjoint, ainsi que des agents de la police communale ont écrit et signé sous la contrainte, selon les enquêtes, des lettres disculpant la police des incendies criminels perpétrés, et rejetant la responsabilité à une prétendue aliénée mentale. La teneur du texte a été dictée par l’adjoint du commandant des FIP à Mahajanga selon les dénonciations. Les lettres en question leurs ont été par la suite prises. Les autorités policières interrogées maintiennent la version selon laquelle c’est une personne souffrant de troubles mentaux qui a mis le feu aux villages, en attendant l’aboutissement des enquêtes menée par un comité mixte, saisie de l’affaire.

La CNIDH rappelle que « des journalistes ont été accusés de désinformation et rappelés à l’ordre pour propagation de fausses nouvelles. La police a mené une communication qui avait tendance à blanchir les éléments incriminés dans les faits relatés par la presse, mais la tentative n’a pas été pour autant suffisant pour museler les média sur l’affaire Antsakabary. »

Rappelons que jusqu’ici, presque un mois après les faits du moins officiellement aucune enquête, aucune sanction, aucune arrestation des policiers incriminés n’a eu lieu.

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