Vendredi 23 Juin 2017

1972 : l’année du premier coup d’Etat de la République

1972 : l’année du premier coup d’Etat de la République
(La Gazette de Madagascar 19/05/17)
Soldats lors du coup d'État à Madagascar en mars 2009 (photo d'archives).

Quitte à s’attirer les ires de ceux qui sont convaincus que les évènements de mai 72 à Madagascar était le fruit d’une lutte populaire, il faut bien reconnaître que la chute du régime de Philibert Tsiranana était le résultat de conjonction de circonstances ourdies par des entités et des acteurs politiques qui voulaient qu’on tourne la page sur une période l’histoire de ce pays afin de finaliser une décolonisation inachevée. La révolte de Monja Jaona et du parti Monima durement réprimée par les forces de l’ordre a servi de prétexte à la société civile pour soutenir les multiples mouvements contestataires qui prônaient l’avènement d’une ère nouvelle à partir d’une coalition constituante. Les choses se sont déroulées autrement.

Selon l’équipe de Perspective Monde de l’époque «Les protestations d'étudiants malgaches contre la prédominance culturelle française dégénérèrent en une grève générale qui incite le gouvernement à proclamer l'état d'urgence. Cette crise entraînera, six mois plus tard, la fin de la première république malgache. Les documents d’archives et autres compilations historiques font état des faits ci-après qui en apparence n’avaient aucune relation entre eux. «Les manifestants obtiennent ainsi le retour des jeunes exilés, transportés par avion jusqu’à l’aérodrome d’Ivato puis en car. Et le 16 Mai en fin d’après-midi, une foule silencieuse, bras levés, accueille en silence les 25 cars qui transportent les grévistes. C’est le 16 Mai aussi qu’apparaît le slogan : « le pouvoir à l’armée ». Et il sera écouté : le 16 toujours, Tsiranana nomme le Général Andriamahazo gouverneur militaire de la province de Tananarive. Il fait voter dans l’urgence une réforme constitutionnelle qui ne sera jamais appliquée.

Le 18, il annonce officiellement à la radio qu’il dissout le gouvernement et donne les pleins pouvoirs au Général Ramanantsoa. En réalité, à partir du complot avorté de Roy-Régis Rakotonirina soutenu par quelques officiers à partir d’Antsirabe tous les mouvements de contestation à l’endroit du pouvoir PSD tendaient tous vers un objectif unique « la tête du Chef de l’Etat » et la chute d’ « un pouvoir déconsidéré, » en prenant pour cible les accords de coopération avec la France, » (…) Parmi les premiers conjurés de la 1ère République il y avait Monhibou Ismael et même Richard Ratsimandrava (qui lui aurait préféré laisser tomber ses pairs pour rejoindre le camp du pouvoir). Avant d’aboutir à cette prise de pouvoir par le Général Ramanantsoa, le président Tsiranana avait clairement choisi le Général Andriamahazo pour tenir les rênes du pouvoir, mais les considérations militaires du point de vue des grades étant ce qu’elles sont, c’est à contrecœur que le président Philibert Tsiranana cède les pleins pouvoirs à celui qui avait publiquement déclaré dans sa première allocution destinée à tous les Malgaches : « Le Président de la République m’a donné les pleins pouvoirs, je suis un militaire, je ne suis pas un politicien. Pour le bien du pays, la vie politique sera mise en sommeil. Je porterai mon effort sur les domaines économique, social et culturel, au bénéfice des plus nécessiteux. Je vous demande de m’aider en reprenant le travail et en faisant preuve de discipline et de patience. Je vais constituer un gouvernement apolitique de militaires et de techniciens. J’ai comme première ligne de conduite de développer l’unité nationale. » Malheureusement pour tous sa prestation à la tête du pouvoir a été une succession de mesures catastrophiques qui provoquera la plus grande déception de tous et la réprobation pour le pouvoir entre les mains des militaires.

Les mêmes sources historiques affirment que «cette révolte est aussi nationaliste, du nationalisme d’un pays qui a vécu trop longtemps sous tutelle, d’un nationalisme indépendantiste .Il s’agirait alors d’un socle idéologique que la suite des évènements démentiront jour après jour jusqu’à l’avènement de cette 4ème République qui nous avait promis la lune et même le paradis d’une ère nouvelle lorsque faisant confiance à un nouveau président qui déclare aux yeux du reste du monde «je ressens le poids de la responsabilité de la fonction présidentielle, mais je m’y suis préparé. Le Président de la République est l’ultime recours vers lequel vous êtes en droit de vous tourner. Et, pour cela, je serai un Président disponible et à l’écoute. La responsabilité du Président de la République ne ressemble à aucune autre. Elle est exclusivement construite sur les exigences : l’exigence de rassembler les Malgaches. Notre pays ne sera fort qu’en étant uni. Il doit être fort pour relever le défi auquel nous sommes confrontés ; l’exigence aussi de respecter son engagement, car la confiance en la parole présidentielle est la base indispensable du renouveau de la Nation ; l’exigence aussi de vertu morale car la crise des valeurs n’a jamais été aussi profonde.

La crédibilité de notre lutte contre la corruption sera jugée à l’aune de notre exemplarité ; l’exigence de sécurité et de protection, car le peuple malgache n’a jamais été aussi démuni ; l’exigence d’ordre et d’autorité, car depuis trop longtemps, l’autorité de l’Etat est bafouée, sapée, privatisée au préjudice des plus vulnérables et des plus humbles ; l’exigence de résultats, car le peuple malgache a terriblement souffert et il veut voir ses conditions de vie s’améliorer pour, enfin, croire dans son futur ; l’exigence de justice, car depuis bien trop longtemps, le peuple malgache a le sentiment de vivre dans un monde d’iniquité où les droits ne sont pas les mêmes pour tous ; l’exigence de rendre au travail sa valeur morale et sa capacité d’émancipation. » Hélas ! Mille fois hélas , ces braves et sages évêques de l’Eglise Catholique déplorent encore et toujours « aujourd’hui le destin de notre beau pays, Madagascar, et de ses enfants confrontés à toutes sortes de misères: non-respect de la vie, avortement, crimes contre l’humanité, exploitation irresponsable de nos richesses naturelles, banditisme, insécurité, soif du pouvoir et de l’argent, injustice, corruption, peur de la vérité, égoïsme, esprit de haine et de vengeance, et tant d’autres maux… »

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