En Libye, les rivalités du Nord s'étendent au Sud | Africatime
Vendredi 28 Avril 2017

En Libye, les rivalités du Nord s'étendent au Sud

En Libye, les rivalités du Nord s'étendent au Sud
(AFP 15/04/17)

Carrefour de tous les trafics et longtemps marginalisé, le Sud libyen risque de se transformer en terrain de règlement de comptes entre rivaux politiques du Nord qui cherchent à étendre leur influence, estiment des experts.

Déchirée par des luttes de pouvoir et en proie à une insécurité chronique depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est dirigée par deux autorités rivales.

A Tripoli, le gouvernement d'union nationale (GNA) soutenu par la communauté internationale fait face à l'hostilité d'un cabinet parallèle installé dans l'est du pays. L'Est est en grande partie contrôlée par l'Armée nationale libyenne (ANL) auto-proclamée du maréchal Khalifa Haftar.

Depuis une semaine, des affrontements opposent des forces de l'ANL à des groupes alliés au GNA autour de la base aérienne de Tamenhant, près de la ville de Sebha, à plus de 600 km au sud de Tripoli.

Convoitée pour sa position stratégique, cette base de 15 km² est la plus importante dans le sud de la Libye. Elle est contrôlée par la milice de la "3e Force" de Misrata (200 km à l'est de Tripoli), ville qui compte les groupes armés les plus puissants et les plus nombreux du pays.

Elle a été bombardée par les forces aériennes de l'ANL qui a annoncé une offensive terrestre pour prendre le contrôle du site militaire.

"L'ANL veut obtenir une victoire dans la région du Fezzan (nom historique de la région du sud) pour renforcer ses positions, et le GNA se mobilise pour prévenir cela", explique à l'AFP l'analyste libyen Mohamad Eljarh.

Dénonçant l'attaque, le GNA a précisé que les forces qui se trouvent à Tamenhant lui "appartiennent" et a annoncé une contre-offensive pour chasser l'ANL du Sud, confirmant ainsi pour la première fois un affrontement direct avec les forces de Haftar.

- 'Incontrôlable' ? -

Mattia Toaldo, expert au Conseil européen des relations internationales, a affirmé à l'AFP craindre que des groupes armés et des tribus du Sud ne soient "pris entre le feux des combats", mettant en garde contre une situation qui deviendrait "incontrôlable".

Mardi, les ambassadeurs des États-Unis, de la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne et la France en Libye ont fait eux aussi part de leurs inquiétudes, insistant sur la "différence" entre la lutte antiterroriste et les "actes susceptibles de conduire à une nouvelle détérioration de la situation", une allusion claire à l'offensive menée par Haftar qui a fait de la lutte antiterroriste son cheval de bataille.

Les analystes estiment toutefois que Haftar, ne disposant pas des forces nécessaires dans le Sud, ne peut faire le poids face à ses rivaux.

Même si elles ont gagné en popularité auprès de différents groupes dans le Sud en leur distribuant des véhicules, "les forces de l'ANL demeurent militairement faibles face à la 3e Force", note Claudia Gazzini, du International Crisis Group.

De plus, alors que les liens économiques entre le Sud et la ville de Misrata sont "étroits", les Libyens du Sud redoutent "le gel des échanges commerciaux avec le Nord", selon elle.

Marginalisé, le Sud libyen où l’État est quasiment absent, vit notamment de la contrebande de marchandises, de drogue, d'armes et de trafic d'êtres humains.

Des affrontements réguliers opposent des tribus de la région pour le contrôle de toute sorte de trafics très lucratifs aux frontières avec le Tchad, le Niger et le Soudan.

Pour endiguer l'arrivée des migrants d'Afrique sub-saharienne qui transitent par la Libye pour rejoindre l'Europe, l'Italie a fait signer début avril un "accord de paix" à des tribus du Fezzan, prévoyant le contrôle par ces tribus des 5.000 km de frontières du Sud où agissent notamment des passeurs de migrants.

Mais des analystes se disent sceptiques sur la réussite d'un tel plan.

Les migrants rapportent beaucoup d'argent aux trafiquants. "La seule façon d'arrêter ce type de trafic est de générer des sources de revenus alternatives", estime Mme Gazzini.

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