Mercredi 25 Avril 2018

Soupçons de financement libyen de la campagne Sarkozy: les principales déclarations libyennes

Soupçons de financement libyen de la campagne Sarkozy: les principales déclarations libyennes
(AFP 27/03/18)
L'ancien président français Nicolas Sarkozy

Plusieurs figures de l'ancien régime de Mouammar Kadhafi ont fait des déclarations sur un financement présumé par la Libye de la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007.

Les accusations ont commencé à fuser après la décision du président Sarkozy d'intervenir contre le régime Kadhafi, confronté à une révolte à partir de février 2011.

- "Grave secret" -

Juste après la reconnaissance par Paris du Conseil national de l'opposition (CNT) comme représentant du peuple libyen, l'agence officielle libyenne annonce le 10 mars 2011 avoir "appris qu'un grave secret va entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale".

"La justice (française) n'a qu'à ouvrir une enquête sur les sources de financement de la campagne électorale du président français", ajoute ensuite Khaled Kaaim, alors vice-ministre libyen des Affaires étrangères.

Le même mois, le fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam, se fait plus explicite. "C'est nous qui avons financé sa campagne, et nous en avons la preuve. Nous sommes prêts à tout révéler", dit-t-il dans une interview à Euronews.

"Rendez-nous notre argent! Nous avons tous les détails, les comptes bancaires, les documents et les opérations de transfert. Nous révélerons tout prochainement", promet Seif al-Islam, sans jamais fournir de preuves.

- "Grâce à moi" -

En mars 2011, dans une interview au Figaro dont l'enregistrement audio est publié en 2014, Mouammar Kadhafi évoque un financement politique occulte de Nicolas Sarkozy.

"C'est grâce à moi qu'il est arrivé à la présidence", affirme Kadhafi. "C'est nous qui lui avons fourni les fonds qui lui ont permis de gagner". "Il est venu me voir alors qu'il était ministre de l'Intérieur. Il m'a demandé un soutien financier", ajoute-t-il, sans donner de montant ni de détail sur les modalités de versement.

A la veille de la chute de Tripoli aux mains des rebelles en août 2011, Abdallah al-Senoussi, ex-chef des services libyens de renseignement, fait irruption dans l'hôtel abritant les journalistes étrangers à Tripoli pour répéter les mêmes accusations.

Interrogé dans une prison libyenne en septembre 2012, M. Senoussi affirme avoir "personnellement supervisé" le transfert de cinq millions d'euros à la campagne Sarkozy en "2006-2007".

Les mêmes accusations avaient été formulées par l'ex-Premier ministre Baghdadi al-Mahmoudi.

En mai 2012, alors que ce dernier est emprisonné à Tunis , ses avocats disent qu'il affirme que le régime de Kadhafi a financé la campagne de Nicolas Sarkozy, avançant un montant de quelque 50 millions d'euros.

Ces déclarations sont aussitôt démenties par l'avocat français Marcel Ceccaldi, qui dit défendre M. Mahmoudi, puis par le gendre de ce dernier.

Et le 3 juillet 2012, après son extradition par Tunis, Baghdadi al-Mahmoudi dit, depuis sa prison à Tripoli, qu'il ne confirme ni ne dément le financement par le régime Kadhafi de la campagne de Sarkozy.

- Note -

Le 28 avril 2012, à quelques jours du second tour de la présidentielle en France, le site d'informations Mediapart publie une note accusatrice qui provoque une tempête politique.

Dans cette note portant la date du 10 décembre 2006 et adressée au grand argentier du régime libyen, Bachir Saleh, Moussa Koussa, ex-chef des services libyens de renseignement extérieur, affirme que le régime déchu avait accepté de financer pour "50 millions d'euros" la campagne victorieuse de 2007 de Nicolas Sarkozy.

Le lendemain de sa publication, M. Koussa qualifie ce document de faux: "Toutes ces histoires sont falsifiées", affirme-t-il à l'AFP depuis son exil à Doha.

Réfugié en France après la chute du régime de Kadhafi, Bachir Saleh dément également. Il affirme fin avril 2012 n'"avoir été jamais destinataire d'un tel document". Il s'enfuit après la publication de la note et le lancement d'une notice rouge par Interpol.

Actuellement en exil, M. Saleh a été blessé par balles en Afrique du Sud fin février. Quand les juges se sont déplacés en avril 2017 pour interroger ce personnage clé, il a exercé son droit au silence.

Début mai 2012, le chef du CNT Mustapha Abdeljalil, alors au pouvoir en Libye, estime lui aussi que la note publiée par Mediapart est "fausse et fabriquée", ajoutant n'avoir "retrouvé aucune référence à cette lettre dans les archives libyennes".

- Carnets -

Choukri Ghanem, ex-ministre du Pétrole de la Libye et proche de Mouammar Kadhafi, ne s'est pas exprimé sur le sujet: le 29 avril 2012, son corps est retrouvé dans le Danube, à Vienne où il s'était exilé.

Il a été victime d'une défaillance cardio-vasculaire et s'est ensuite noyé, selon le parquet autrichien.

Les enquêteurs obtiennent toutefois des carnets appartenant à M. Ghanem dans lesquels ce dernier mentionne trois paiements en avril 2007 destinés à Nicolas Sarkozy, pour au moins 6,5 millions d'euros.

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