Samedi 16 Décembre 2017

« L’esclavage n’a jamais cessé d’exister, même dans les pays les plus modernes du monde arabe »

« L’esclavage n’a jamais cessé d’exister, même dans les pays les plus modernes du monde arabe »
(Le Monde 24/11/17)
Des travailleurs et travailleuses domestiques de nationalité étrangère manifestent à Beyrouth, au Liban, pour faire valoir leurs droits, le 1er mai 2016. Crédits : ANWAR AMRO / AFP

Pour la journaliste tunisienne Inès Oueslati, les législations peinent à s’imposer face à des mentalités rétrogrades profondément ancrées. L’affaire défraye la chronique depuis plusieurs jours : des candidats à la migration clandestine vendus comme une vulgaire marchandise en Libye. Oui, en 2017, pour quelques centaines de dollars, il est possible de vendre une vie humaine, tarifée selon la puissance physique du concerné. On vend un passé, un avenir, on vend au plus offrant la part d’humanité que l’on croyait évidemment ancrée en chacun de nous.

Des citoyens issus de nations qu’unissent des traités et des protocoles criminalisant la traite des humains sont les nouveaux esclaves. Et face aux tares historiques, aux écarts culturels, aux pratiques plus ou moins tolérées selon l’emplacement géographique, nous cessons de faire unité. Le « nous » se disloque face à la misère humaine, l’empathie face à l’autre et à sa détresse cède la place au profit, au cynisme, à l’animal.

Otages d’un système archaïque

Ils sont nombreux à être encore traités comme des sous-hommes et des sous-femmes dans des sociétés considérées, de loin, comme modernes. Mais vu de près, les pratiques les plus abjectes continuent d’exister. Ainsi, en Tunisie, malgré une loi contre la traite des hommes adoptée en 2016, dans le pays profond, de nouveaux rentiers continuent de sévir.

En Tunisie, premier pays arabe à avoir aboli l’esclavage il y a de cela plus de 170 ans, le commerce des aides ménagères n’a jamais cessé d’exister. Des fillettes continuent d’être « vendues » via des intermédiaires par des parents peu scrupuleux que seul intéresse la rente mensuelle tirée de pareilles transactions. La pauvreté est-elle une raison pour laisser partir son enfant vers l’inconnu ? Malheureusement, pour beaucoup, la réponse est oui.

Cela se fait au vu et au su de tous. Le dimanche, à quelques centaines de kilomètres de Tunis, des familles partent à la recherche de misérables fées des logis. Le plus souvent, les jeunes filles sont livrées par des intermédiaires contre leur gré, moyennant une commission et un salaire de misère qu’elles ne perçoivent même pas, car expédié directement au père de famille.

Dans d’autres cas, celles-ci sont heureuses de quitter leur misère matérielle, ignorant la misère morale qui les attend. Dans ce monde loin du monde, pour beaucoup, il ne s’agit pas de choix mais de fatalité. Des femmes libres à l’échelle nationale et d’un point de vue législatif se retrouvent otages d’un système social aussi archaïque qu’anachronique, dans lequel elles sont instrumentalisées par des époux véreux les faisant travailler pendant qu’eux jouissent du statut de chômeurs assistés. N’est-ce pas là l’un des visages de l’esclavagisme ?

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