Mercredi 23 Août 2017

Une mine d’or engendre la misère au Liberia

Une mine d’or engendre la misère au Liberia
(Autre média 24/03/17)

L’équation était implacable. Siah* avait l’équivalent de 5 dollars en poche, mais elle avait besoin de 15 dollars pour faire soigner son fils cadet, Joseph, atteint de paludisme. Après un trajet d’une heure, elle était arrivée à la clinique la plus proche, avant de réaliser qu’elle n’avait pas les moyens nécessaires pour payer le traitement. Joseph est mort ce jour-là, dans ses bras.

Siah vit à Kinjor, une petite ville nichée dans les forêts luxuriantes de l’ouest du Liberia, à seulement quelques pas de New Liberty, la plus grande mine d’or à exploitation commerciale du pays. Le site compte extraire pour un milliard de dollars du précieux métal. Le gouvernement libérien et ses partenaires financiers multilatéraux voient l’exploitation minière commerciale comme un moyen d’engager le pays — qui ne s’est pas encore remis de 11 années de guerre civile — sur la voie du développement.

La loi oblige les habitants à renoncer à leurs droits fonciers et à abandonner leur domicile, moyennant une indemnisation. Mais l’enquête menée par IRIN pendant plusieurs mois montre que les entreprises étrangères ne partagent pas toujours les retombées financières de l’exploitation minière.

Afin de faire place à la mine d’or de New Liberty, 325 familles des villages de Kinjor et de Larjor ont dû abandonner leurs maisons, leurs fermes et les mines artisanales qui leur procuraient quelques revenus. En contrepartie de la réinstallation dans un nouveau village, également baptisé Kinjor et implanté dans une forêt proche de la mine, l’entreprise avait promis d’améliorer la vie des villageois en leur offrant de nouveaux logements, une école, des pompes manuelles et une clinique — qui aurait pu faire toute la différence pour Joseph.

Les travaux de construction de la mine ont débuté en 2014, et les premières ventes d’or ont eu lieu un an plus tard. Pour l’entreprise, l’opération constitue un « atout majeur », mais, des années plus tard, la promesse de construire de meilleures infrastructures ne s’est pas encore concrétisée, et un déversement important de produits chimiques a déjà eu lieu, polluant l’environnement.

Le projet New Liberty a reçu le soutien de la Société financière internationale [IFC] de la Banque mondiale, qui a investi 19 millions de dollars depuis 2014 et en est devenue un actionnaire majeur. Ce soutien venait en contrepartie d’un Plan d’action pour la réinstallation de 155 pages. Établi par l’entreprise, ce dernier offrait une liste détaillée des investissements d’un montant de 3,9 millions de dollars à réaliser dans le nouveau village de Kinjor.

Lors de la réunion du conseil d’administration de l’IFC qui a approuvé le projet d’exploitation minière, la représentante des États-Unis a exprimé officiellement sa « profonde préoccupation » concernant « les risques environnementaux et sociaux » qu’il posait. Les États-Unis ont appelé l’IFC « à travailler avec l’entreprise pour garantir que les fonds nécessaires soient mis de côté pour ce plan [de réinstallation] ».

Source: IRIN

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