Les survivants oubliés d’Ebola | Africatime
Samedi 29 Avril 2017

Les survivants oubliés d’Ebola

Les survivants oubliés d’Ebola
(Le Monde 24/01/17)
Un couple de Libériens et leur enfant, dont l'homme, Pabai, est un rescapé du virus Ebola, en février 2015.

Selon une étude menée auprès des rescapés en Guinée, sept sur dix souffrent du « syndrome post-Ebola » et près d’un sur cinq de dépression. L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, désormais terminée, a fait beaucoup de morts. Précisément 11 310, selon le décompte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce qu’on sait moins, c’est qu’elle a fait, aussi, beaucoup de survivants.

Le redoutable virus, provoquant saignements et défaillance des organes vitaux, a frappé en Sierra Leone, au Liberia, en Guinée, et de façon plus marginale au Mali, au Nigeria et au Sénégal, de 2013 à 2016. Il a laissé derrière lui plus de 17 000 personnes ayant été infectées et déclarées guéries, du moins officiellement. La situation est inédite par son ampleur, à l’échelle de l’histoire de cette maladie d’apparition récente.

Alors que l’OMS a annoncé en décembre 2016 un vaccin efficace contre Ebola, ces hommes, femmes et enfants attirent moins que jamais l’attention. La plupart des ONG et des autres pourvoyeurs de l’aide internationale ont plié bagage. Certains se sont lancés dans des programmes d’appui structurel, mais ceux-ci sont très éloignés du quotidien des malades. Et les systèmes de santé publique, dans ces pays, ne sont pas à même de prendre le relais.

Un virus toujours présent après la « guérison » ?

Le virus Ebola a été identifié dès 1976 et, pourtant, les scientifiques ont encore beaucoup à apprendre de la maladie. Que se passe-t-il pour celui ou celle ayant eu la chance de se remettre de l’infection ? Quelles séquelles peut-il en garder ? Sont-elles définitives ou pas ? Le virus est-il éliminé définitivement de l’organisme, comme dans la grippe ? Ou bien peut-il se réactiver un jour, comme celui de l’herpès ? A ces questions, nous commençons à pouvoir répondre.

Notre équipe a en effet mené une étude de recherche interventionnelle auprès d’un nombre élevé de survivants, 802 sur les 1 270 recensés en Guinée. Ces travaux, publiés le 13 janvier dans la revue de référence The Lancet Infectious Diseases, ont permis de décrire ce que nous appelons le « syndrome post-Ebola ». Sept rescapés sur dix en souffrent, une proportion plus élevée que les suppositions initiales.

Cet état se caractérise par plusieurs symptômes qui peuvent fluctuer, une grande fatigue, des douleurs dans les muscles et les articulations, des maux de tête ou de ventre, des troubles neurosensoriels comme des vertiges ou une baisse de l’audition, de l’inflammation au niveau des yeux, appelée l’uvéite (qui touche la partie de l’œil appelée uvée). Ces signes tendent à diminuer au fil du temps, suggérant que la majorité des séquelles pourrait être réversible.

Ainsi, grâce à la cohorte PostEboGui, les médecins sauront pendant combien de temps les survivants à une épidémie d’Ebola doivent être suivis, et selon quel standard de soins.

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