Jeudi 18 Janvier 2018

Au Liberia, le nouveau président Weah comptable d’un beau moment démocratique

Au Liberia, le nouveau président Weah comptable d’un beau moment démocratique
(Le Monde 12/01/18)

L’élection de George Weah à la présidence du Liberia un lendemain de Noël est une bonne nouvelle pour le continent africain. Il ne s’agit pas ici d’un jugement de valeur anticipé porté sur l’aptitude d’une ancienne star du football à devenir un grand chef d’Etat qui remettrait sur pied ce petit pays d’Afrique de l’Ouest martyrisé par d’indicibles guerres civiles. Sur ce plan, George Weah doit faire ses preuves.

Si sa large victoire – 61,5 % des suffrages contre 38,5 % pour son adversaire, le vice-président sortant, Joseph Boakai (73 ans) – comporte des sources de satisfaction, c’est au regard des standards démocratiques. On a pu craindre le pire au lendemain du premier tour organisé dans une certaine confusion le 10 octobre 2017 et rapidement contesté par plusieurs candidats battus. On voyait alors se profiler le spectre de ces élections tronquées, de ces décisions biaisées rendues par des commissions électorales qui n’ont d’indépendantes que leur nom et dont l’objectif n’est autre que de perpétuer les régimes en place, soient-ils d’emblée frappés d’illégitimité.

Respect de la Constitution
L’histoire locale confortait les pessimistes. Jusqu’en 1951, date tardive de l’instauration du suffrage universel, seuls les « Congo » – surnom donné à Monrovia aux descendants des esclaves affranchis aux Etats-Unis qui fondèrent le Liberia en 1822 – avaient le droit de vote. En d’autres termes, 90 % de la population, les « natives », étaient exclus de la vie politique. Les années suivantes, la démocratie balbutia dans l’étreinte du parti unique, puis étouffa sous les coups d’Etat et les guerres civiles qui ensanglantèrent le pays de 1990 à 2003 (environ 250 000 morts pour 4 millions d’habitants).

Il fallut attendre l’arrivée à la présidence d’Ellen Johnson Sirleaf, en 2005, pour que le Liberia connaisse sa première élection démocratique et pluraliste. Première femme africaine à occuper un tel poste, la Prix Nobel de la paix a été réélue six ans plus tard, en 2011. Mais sa victoire était obscurcie par le boycottage de son principal opposant et de son colistier, George Weah, qui dénonçaient des fraudes.

Rien de tel cette fois-ci. En amont du scrutin, rappelons qu’Ellen Johnson Sirleaf, 79 ans, n’a jamais cherché à tripatouiller la Constitution – un sport continental – pour contourner la règle qui fixe à deux le nombre de mandats présidentiels qu’une même personne est autorisée à effectuer. Respect de la Constitution, donc.

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