Jeudi 23 Novembre 2017

Afrique : ces femmes à la conquête du pouvoir

Afrique : ces femmes à la conquête du pouvoir
(Le Point 21/08/17)
Ellen Johnson Sirleaf, présidente de la République du Liberia et première femme élue au suffrage universel à la tête d'un État africain.

Elles sont de plus en plus nombreuses à occuper de hautes fonctions, mais leur pouvoir reste encore limité. La chercheuse Anaïs Angelo pose le débat au regard de l'histoire.En Afrique subsaharienne, la croissance de la représentation féminine dans les institutions d'État est l'une des plus rapides du monde. Elle résulte notamment de l'introduction de quotas paritaires. Alors qu'en 1960 les femmes ne représentaient que 1 % des parlementaires, la moyenne est aujourd'hui de 23,8 % pour l'Afrique subsaharienne (avec des variations nationales importantes) et talonne les 27,5 % des pays européens. Dès lors, la question se pose de savoir si une représentation accrue des femmes en politique implique nécessairement une redéfinition des rapports de genres dans les institutions de pouvoir.

La cause des femmes occultée par la décolonisation

Si la montée en puissance des femmes politiques africaines gagne en visibilité et en influence, leur histoire n'en reste pas moins tortueuse. Réduites à un statut inférieur pendant la colonisation, confinées au rôle de ménagères et politiquement marginalisées, les femmes sont toutefois demeurées une force électorale aussi crainte que courtisée.

Alors que la fin de la Seconde Guerre mondiale et l'amorce de la décolonisation ravivèrent la lutte pour les droits civiques et politiques des femmes, leur cause fut largement occultée, autant par les régimes coloniaux que par les gouvernements indépendants. L'émancipation des femmes ayant été longtemps subordonnée à des intérêts politiques, les femmes sont restées une masse silencieuse dans l'histoire politique africaine. Centrés sur les « pères » de la nation, le leadership et le pouvoir d'État se déclinent plutôt en termes et en atours masculins, comme en Europe d'ailleurs.
Les exemples du Kenya, de l'Afrique du Sud et du Liberia

Au Kenya, Jomo Kenyatta (premier président du pays indépendant) construisit son autorité en réactivant le mythe historique de son peuple Kikuyu, fondé sur l'inaptitude des femmes à gouverner. L'ouverture politique aux femmes s'est faite tardivement, notamment avec la percée de fortes personnalités, comme Charity Ngilu, qui rafla 7,89 % des voix à l'élection présidentielle de 1997. Mise à mal sous le régime d'Uhuru Kenyatta en 2015 et rangée aux côtés de Raila Odinaga, Charity Ngilu fait désormais partie des premières femmes élues gouverneures lors des toutes récentes élections générales du 8 août 2017.

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