Dimanche 25 Juin 2017

Breivik: salut nazi au procès sur ses conditions de détention

Breivik: salut nazi au procès sur ses conditions de détention
(AFP 10/01/17)

L'extrémiste de droite norvégien Anders Behring Breivik, auteur d'une tuerie qui a fait 77 morts en 2011, a ouvert mardi le procès en appel sur ses conditions de détention en faisant à nouveau un salut nazi provocateur, s'attirant un rappel à l'ordre des juges.

Dans une décision qui avait provoqué la stupeur, notamment parmi les proches des victimes, l'État norvégien a été condamné en première instance en avril 2016 pour traitement "inhumain" et "dégradant" de Breivik en violation de l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme. Il a fait appel.

En prison, l'extrémiste âgé de 37 ans dispose de conditions confortables avec trois cellules où il peut regarder la télévision, jouer aux jeux vidéo ou encore utiliser des appareils de musculation.

La juge avait cependant pointé son isolement prolongé --il est détenu à l'écart des autres prisonniers depuis cinq ans et demi pour des raisons de sécurité-- et l'insuffisance des mesures mises en place pour compenser ce régime sévère.

Le 22 juillet 2011, Breivik avait traqué pendant plus d'une heure les participants d'un camp d'été de la Jeunesse travailliste piégés sur l'île d'Utøya, abattant 69 d'entre eux, pour la plupart adolescents. Un peu plus tôt, il avait tué huit autres personnes en faisant exploser une bombe près du siège du gouvernement à Oslo.

Ce sont les pires attaques perpétrées sur le sol norvégien depuis la Seconde Guerre mondiale.

En août 2012, le tueur a été condamné à une peine de 21 ans de prison susceptible d'être prolongée indéfiniment.

- 'Comportement insultant' -

Mardi, au premier jour de l'examen de l'appel dans le gymnase de la prison de Skien (sud) où il est détenu, l'extrémiste, coutumier des provocations, a ponctué son entrée d'un salut nazi adressé à la presse, un geste blessant pour les familles des victimes, qu'il avait déjà effectué en première instance.

Cela lui a immédiatement valu les remontrances du tribunal. "C'est un comportement insultant à l'égard de la dignité de la Cour et perturbant pour ce que l'on doit examiner ici", a déclaré le juge Øystein Hermansen chargé de conduire les débats pendant les six jours de procédure.

En costume sombre, le crâne rasé et la barbe touffue, Breivik s'est engagé d'une voix quasi inaudible à ne pas reproduire son geste.

Sur Twitter, l'ancien chef de la Jeunesse travailliste, Eskil Pedersen, qui avait échappé au massacre d'Utøya, a appelé les médias norvégiens à ne pas montrer ce salut nazi "pour la énième fois".

Alors que le pays cherche à refermer cette page douloureuse de son histoire, les familles des victimes ont choisi pour la plupart de garder le silence, un choix généralement respecté par les médias. Aucun de leurs représentants n’a fait le déplacement pour suivre la procédure à Skien.

- 'Très loin d'une violation des droits' -

L'état psychologique de Breivik devrait être au centre de ce nouveau procès civil, l'avocat Øystein Storrvik évoquant "la vulnérabilité mentale" de son client du fait de ses conditions de détention.

Les autorités contestent, elles, que Breivik soit maintenu à l'isolement, faisant valoir ses multiples contacts avec les surveillants, le personnel médical, son avocat ou encore un pasteur.

"A bien des égards, il est incarcéré dans de meilleures conditions que d'autres prisonniers pour compenser le fait qu'il n'a pas de contacts avec les autres détenus", a déclaré le Procureur général chargé de représenter l'État, Fredrik Sejersted, dans son exposé liminaire mardi.

"On est très loin d'une violation des droits de l'homme", a-t-il dit.

Les trois magistrats de la Cour d'appel devront aussi se prononcer sur un autre point, soulevé par l'extrémiste celui-là.

En avril, la juge avait donné raison à l'État, qui filtre étroitement la correspondance de Breivik afin de l'empêcher de former un réseau capable de perpétrer de nouvelles attaques. Lui estime que cela viole l'article 8 de la Convention des Droits de l'Homme garantissant le droit à une vie privée.

Le verdict est attendu en février.

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