Samedi 25 Novembre 2017

Kenya: l'opposant Raila Odinga se résout à saisir la Cour suprême

Kenya: l'opposant Raila Odinga se résout à saisir la Cour suprême
(AFP 16/08/17)

Le chef de l'opposition kényane Raila Odinga a annoncé mercredi son intention de saisir la Cour suprême pour contester la réélection du président Uhuru Kenyatta, qu'il estime entachée de fraudes, et appelé ses supporteurs à soutenir cette démarche en manifestant de manière pacifique.

"Nous avons décidé de saisir la Cour (suprême) et de montrer au monde la fabrication d'un pouvoir généré par ordinateur", a déclaré devant la presse M. Odinga, la mine grave et tirée, réitérant les accusations de fraude électronique lors du scrutin du 8 août.

L'adresse de M. Odinga à la Nation était très attendue, le pays craignant de retomber dans de nouveaux épisodes de violences, semblables à ceux qui ont fait au moins 17 morts et 177 blessés dans certains fiefs de l'opposition après l'annonce vendredi de la réélection M. Kenyatta.

Mais M. Odinga, qui à 72 ans joue certainement sa dernière partition politique, s'est engagé à "prêcher la paix" et a insisté sur le fait que les "Kényans n'ont pas besoin de recourir à la violence pour obtenir justice".

Déjà trois fois candidat malheureux à la présidentielle (1997, 2007 et 2013), M. Odinga avait saisi la Cour suprême lors du scrutin précédent de 2013, en vain. Ce précédent avait d'abord incité sa coalition d'opposition Nasa à rejeter un nouveau recours en justice, malgré des pressions internationales en ce sens.

Mais les récentes menaces de fermeture, par le gouvernement, de deux organisations susceptibles d'aller en justice l'ont poussé à réviser sa position et à déposer elle-même le recours, selon M. Odinga. Nasa a jusqu'à vendredi pour le faire et la Cour suprême disposera ensuite de 14 jours pour rendre son arrêt.

"Notre décision d'aller en justice constitue une deuxième chance pour la Cour suprême. La Cour peut saisir cette chance pour se racheter ou, comme en 2013 elle peut aggraver les problèmes auxquels la Nation est confrontée", a ajouté M. Odinga, suggérant qu'il ne nourrissait pas forcément une confiance absolue dans le système judiciaire kényan.

- Injustices flagrantes -

M. Odinga devait initialement s'exprimer mardi. Mais Nasa avait finalement reporté ce discours en arguant de "l'urgence, la complexité et la nature délicate des questions" à traiter. Ce report a attesté de la difficulté du choix, mais aussi de possibles dissensions au sein de la coalition.

Soulignant que la Constitution de 2010, dont il fut l'un des grands artisans, protégeait le droit de manifester, de faire grève et de recourir à la désobéissance civile, M. Odinga a également appelé à diverses formes de manifestations pacifiques.

"Nous défendrons nos droits de se rassembler et de manifester. Nous organiserons des veillées, des minutes de silence, nous battrons le tambour et ferons tout ce qui est possible pour attirer pacifiquement l'attention sur ces injustices électorales flagrantes", a-t-il déclaré.

Dès le lendemain de l'élection, Nasa a multiplié les accusations de fraude, pointant du doigt le système électronique de transmission et de comptage des voix, qu'elle avait pourtant tant fait pour promouvoir.

En 2013, ce système électronique avait largement failli et la Commission électorale avait dû revenir au comptage manuel, ce qui aux yeux de l'opposition avait facilité les fraudes.

Cette fois-ci, l'opposition a évoqué un piratage informatique, des bureaux de vote illégaux et assuré qu'un nombre important de procès-verbaux de bureaux de vote, censés corroborer les résultats électroniques, n'ont pas été correctement reçus.

- Des procès-verbaux pas publiés -

Elle n'a jusqu'à présent pas apporté d'éléments décisifs pour soutenir sa thèse. Mais la mission d'observation de l'Union européenne s'est étonnée mercredi que tous les procès-verbaux, qui "permettraient à toutes les parties prenantes d'examiner l'exactitude des résultats annoncés et de pointer de possibles anomalies", n'aient pas encore été publiés.

La colère des partisans de l'opposition avait éclaté dès l'annonce de la victoire de M. Kenyatta avec 54,27% des voix, contre 44,74% à M. Odinga, suivie par des scènes d'émeutes et de pillages implacablement réprimées par la police dans les bidonvilles de Kibera, Mathare et Kawangware, à Nairobi, ainsi qu'à Kisumu et Siaya, dans l'ouest du pays.

Ces incidents avaient remis en lumière les divisions ethniques, politiques et sociales entre communautés qui avaient nourri les violences ayant suivi en 2007-2008 la réélection de Mwai Kibaki, déjà contestée par M. Odinga, et qui avaient fait plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés.

La police a nié que des manifestants pacifiques aient été tués, et affirmé que ceux qui l'ont été commettaient des actes criminels tels que des viols et pillages ou s'en étaient pris à des policiers.

Les médias locaux ont notamment rapporté le sort d'une fillette de 6 mois, qui a succombé mardi à ses blessures après une intervention brutale de la police vendredi soir au domicile de ses parents à Kisumu.

L'Autorité indépendante de supervision de la police (IPOA) a annoncé mercredi qu'elle allait enquêter sur les circonstances de la mort de ce bébé, ainsi que d'une fille de neuf ans tuée par une balle perdue dans le bidonville de Kibera.

Commentaires facebook