Lundi 11 Décembre 2017

Kenya: la Cour suprême se prononce sur l'élection du 26 octobre

Kenya: la Cour suprême se prononce sur l'élection du 26 octobre
(AFP 20/11/17)

La Cour suprême du Kenya se prononce lundi sur deux recours demandant l'invalidation de l'élection présidentielle du 26 octobre organisée après l'annulation de l'élection d'août et remportée avec 98% des voix par le sortant Uhuru Kenyatta en l'absence de son rival Raila Odinga qui a boycotté le scrutin.

Une fois encore, la plus haute juridiction kényane, qui avait pris la décision historique sur le continent d'invalider l'élection du 8 août, déjà remportée par M. Kenyatta, a la lourde tâche de dire si la présidentielle d'octobre a été conduite en conformité avec la Constitution progressiste de 2010.

Dans l'attente de ce jugement, la tension est montée d'un cran dans le pays: trois personnes ont été tuées par balle vendredi dans les manifestations, réprimées par la police, de partisans de l'opposition venus accueillir M. Odinga de retour d'une visite de 10 jours aux Etats-Unis.

Et dimanche, des échauffourées ont éclaté entre police et habitants d'un bidonville de Nairobi, Mathare, après la découverte de quatre cadavres gisant sur la chaussée dans leur sang.

Pendant deux jours, la Cour a examiné en les fusionnant deux recours, déposés par un homme d'affaires et ancien député proche de l'opposition, John Harun Mwau, et par deux responsables d'ONG, Njonjo Mue et Khelef Khalifa.

Elle a écouté leurs avocats arguer que la Commission électorale (IEBC) aurait dû procéder à une nouvelle sélection de candidats, après l'annulation de la première élection, et mettre en cause le manque d'indépendance de cet organe, incapable à leurs yeux de garantir un scrutin libre et équitable.

Ceux-ci ont en outre rappelé les propos du président de l'IEBC en personne, Wafula Chebukati, qui avait avoué, une semaine avant le scrutin, s'estimer incapable de garantir l'équité de l'élection et avait dénoncé des "interférences" politiques. Il avait ensuite affirmé que les conditions étaient réunies pour l'organiser.

Si les six juges - un étant malade - de la Cour suprême valident l'élection de M. Kenyatta, celui-ci sera investi le 28 novembre. Sinon, une troisième élection devra être organisée dans les 60 jours.

- Une vie normale? -

Cette crise politique, la pire depuis dix ans dans ce pays d'Afrique de l'Est, a déjà durement affecté l'économie la plus dynamique de la région et épuisé les Kényans, qui aspirent pour beaucoup d'entre eux à reprendre une vie normale.

De fait, l'activité a repris son cours habituel dans le pays ces deux dernières semaines, avec notamment l'organisation des examens équivalents au brevet des collèges et au baccalauréat dans l'ensemble de ce pays de quelque 48 millions d'habitants légèrement plus grand que la France métropolitaine.

Si la Cour suprême devait confirmer la réélection de M. Kenyatta, 56 ans, sa victoire sur un score soviétique, ternie par une faible participation (39%), devrait le contraindre à ouvrir un dialogue avec la coalition d'opposition Nasa de M. Odinga, 72 ans et trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013).

D'autant que la crise a de nouveau été marquée par des violences qui ont fait au moins 52 morts depuis le 8 août, pour la plupart dans la répression brutale des manifestations de l'opposition par la police.

M. Odinga avait refusé de participer à l'élection d'octobre au motif que les conditions d'un scrutin équitable n'étaient pas réunies selon lui, et ses partisans avaient empêché la tenue du scrutin dans quatre comtés de l'ouest sur les 47 que compte le pays.

Devant la Cour suprême, les avocats de M. Kenyatta ont en substance dénoncé ces violences selon eux orchestrées par l'opposition pour délégitimer le scrutin.

Dès la proclamation de la victoire de M. Kenyatta, M. Odinga avait annoncé le lancement d'une "campagne de résistance nationale", faite "de boycottages économiques, de piquets de grève pacifiques et d'autres formes légitimes de protestation".

Vendredi, entre deux salves de gaz lacrymogènes, il a promis l'avènement prochain d'une "troisième République", en référence à l'indépendance acquise en 1963 et à la nouvelle Constitution adoptée en 2010.

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