Samedi 24 Juin 2017

Métiers ferroviaires : les étudiants kenyans visent haut grâce aux bourses chinoises

Métiers ferroviaires : les étudiants kenyans visent haut grâce aux bourses chinoises
(Xinhua 31/03/17)

BEIJING, (Xinhua) -- Daniel Muoki, un Kenyan de 21 ans qui étudie les métiers ferroviaires à Beijing, a un grand projet pour son avenir.

"Quand je serai diplômé ici, je travaillerai au Kenya pendant quelques années. Puis je reviendrai en Chine pour y obtenir une maîtrise, voire un doctorat", dit-il dans un sourire plein de confiance.

Actuellement étudiant en deuxième année à l'Université Jiaotong de Beijing, un établissement réputé pour ses cours sur les technologies des transports, Muoki est originaire d'un petit village du comté de Makueni dans le sud-est du Kenya.

Situé à proximité d'un parc national et entouré par d'épaisses forêts, ce village se trouve à seulement 15 km de la ligne Mombasa-Nairobi, le premier chemin de fer moderne du pays construit avec les normes et les technologies chinoises.

Habituellement, les habitants de Makueni se rendent à Nairobi, la capitale, en autocar ou en empruntant l'ancienne voie ferrée construite il y a un siècle sous la colonisation britannique. Selon Muoki, ces deux trajets prennent au moins quatre heures. Mais avec la ligne ferroviaire construite avec l'aide chinoise et qui devrait opérationnelle en juin, il en faudra moitié moins.

"LUI APPRENDRE A PECHER"

Cette ligne de 480 km de long relie Nairobi à Mombasa, port historique de l'ancienne Route maritime de la soie reliant la Chine à l'Afrique et désormais un important nœud en Afrique de l'Est dans le cadre de l'initiative "la Ceinture et la Route" proposée par la Chine.

Plus grand projet d'infrastructure au Kenya depuis l'indépendance du pays en 1963, ce chemin de fer devrait réduire le temps de trajet entre les deux villes de plus de dix heures à seulement quatre. Après son achèvement, des milliers de travailleurs et de spécialistes seront nécessaires pour gérer et maintenir le réseau.

Pour répondre à une telle demande, China Communications Construction Company (CCCC), maître d'œuvre de ce projet d'une valeur de 3,8 milliards de dollars, s'est engagée à financer les études d'au moins 100 jeunes Kenyans en premier cycle à l'Université Jiaotong de Beijing. Le gouvernement kenyan prévoit d'embaucher tous les diplômés formés en Chine pour travailler sur cette nouvelle ligne.

"Comme le dit un proverbe chinois, mieux vaut apprendre un homme à pêcher que lui donner du poisson", résume Liu Xiaofang du Centre d'éducation internationale à l'Université Jiaotong de Beijing.

Les bourses offertes par CCCC font partie de l'engagement chinois à concrétiser "la Ceinture et la Route", proposée en 2013 par la Chine dans le but de construire un réseau d'échanges commerciaux et d'infrastructures reliant l'Asie à l'Europe et à l'Afrique le long des anciennes Routes de la soie.

"MON REVE POURRAIT SE REALISER"

En voyant la publicité pour ces bourses à la télévision, Muoki a immédiatement soumis son candidature. "Dès mon enfance, j'ai rêvé de devenir ingénieur, mais je n'étais pas sûr de quoi. Quand j'ai découvert cette bourse, j'ai su que mon rêve de devenir ingénieur ferroviaire pourrait se réaliser. Je suis tellement heureux", s'exclame-t-il.

Muoki fait partie des 25 premiers étudiants kenyans à être arrivés en Chine en avril 2016 pour étudier à l'Université Jiaotong de Beijing dans le cadre du programme boursier de CCCC. Un second groupe de 35 étudiants est arrivé à Beijing ce mois-ci.

M. Liu assure que son université a sélectionné les meilleurs professeurs anglophones pour ces étudiants kenyans et leur a offert de bons logements. Ils ont par ailleurs été invités à participer à diverses activités pour apprendre la langue et la culture chinoises et communiquer avec d'autres étudiants.

Zhu Yabin, qui enseigne la physique aux jeunes Kenyans, se dit satisfaite de leurs performances en classe. "Franchement, j'ai eu peur qu'ils ne puissent pas bien suivre les cours. Mais maintenant il semble qu'il n'y a aucune différence entre étudiants kenyans et chinois", avoue-t-elle.

Spécialisé dans la signalisation et l'aiguillage, Muoki habite maintenant dans une chambre double spacieuse et propre avec salle de bain et cuisine commune. La bourse est suffisante pour couvrir tous ses frais de scolarité et ses dépenses malgré l'augmentation du coût de la vie à Beijing, selon lui.

Le jeune homme dit aimer la cuisine chinoise, notamment les jiaozi (raviolis chinois), et adore courir et jouer au football avec ses amis chinois, qui sont pour lui comme des "frères et des sœurs". Muoki est notamment fasciné par le chinois malgré sa difficulté, et son cours favori est la grammaire.

"Au début, c'était décourageant, mais j'ai fait des efforts et ce n'est plus si difficile maintenant", raconte-t-il, en écrivant son nom en chinois sur un cahier.

"UN BON MODELE POUR LE KENYA"

Comme Muoki, Nakayo Ekwee, l'une des rares filles du groupe, adore également sa vie nouvelle en Chine. Elle est passionnée par la langue et la culture chinoises et aime se faire des amis chinois.

Spécialisée en ingénierie des transports, cette jeune fille de 20 ans vient de Lodwar dans le nord-ouest du Kenya, où il n'y pas de chemin de fer du tout. Cependant, elle a toujours rêvé de devenir ingénieur ferroviaire car "il y aura de nombreux emplois dans mon pays", dit-elle.

Pour elle, la ligne Mombasa-Nairobi changera beaucoup la vie des locaux. "Le chemin de fer créera de nombreux emplois et améliorera les conditions de vie du peuple. Il facilitera également le commerce et l'économie", selon elle.

Elle a choisi de faire ses études en Chine, parce que ce pays figure au premier rang dans le domaine des métiers ferroviaires. En dehors de ces études, elle se dit qu'elle pourrait aussi "tout" apprendre de la Chine, notamment l'esprit travailleur du peuple chinois qui sert de "modèle pour les Kenyans".

Au cours de son séjour d'un an en Chine, Ekwee s'est rendue à Guangzhou par le train à grande vitesse et a été vraiment impressionnée.

"Je pense qu'ils sont meilleurs que les avions. Je suis souvent malade en avion. Ce n'est pas le cas dans les trains et ils sont rapides en plus", s'exclame-t-elle. "On ne peut pas se permettre d'avoir de tels trains aujourd'hui au Kenya. Mais j'espère qu'on pourra en avoir un jour", espère-t-elle.

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