Samedi 16 Décembre 2017

Crise politique au Kenya : à Nairobi, les étudiants rentrent dans le rang

Crise politique au Kenya : à Nairobi, les étudiants rentrent dans le rang
(Le Monde 05/12/17)

A la faculté, fermée durant deux mois après la mort de l’un d’entre eux, les jeunes essaient de sauver une année chaotique, quitte à taire leurs convictions. Depuis quelques jours, le vrombissement des photocopieuses et des ordinateurs a repris au Centre d’impression de l’Université de Nairobi. « Copies ? Saisie de texte ? » Dès leur arrivée sur le parking, les étudiants sont rabattus vers ce minuscule renfoncement de béton, à l’entresol d’un des principaux bâtiments, par ceux qui, comme Davy Karioki, travaillent ici à mi-temps pour financer leurs études. « Cette activité rapporte bien, mais forcément quand l’université est fermée, c’est beaucoup moins rentable ! » sourit ce jeune homme de 26 ans, en chemisette noire et blanche.

La prestigieuse université de Nairobi, haut lieu de l’enseignement kényan qui accueille plus de 20 000 élèves, a récemment rouvert ses portes. Début octobre, des émeutes avaient éclaté sur le campus après l’arrestation d’un ancien leader étudiant devenu député. Bilan : un mort au cours d’une intervention policière et une fermeture totale des installations. Une décision qui précédait de quelques semaines la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel au Kenya, dans un contexte extrêmement tendu dû à l’annulation du premier vote d’août par la Cour suprême. Le doyen craignait de voir les esprits s’échauffer sur ces quelques hectares où cohabitent toutes les communautés du pays, et les camps politiques qui leur sont souvent associés.

« Une économie durement affectée »

« Nous venons de toutes les régions du Kenya, les opinions sont très diverses, cela aurait pu dégénérer », confirme Davy, lui-même originaire du centre et fervent partisan d’Uhuru Kenyatta, mais qui affirme compter de nombreux amis dans le camp de l’opposition, qui soutient Raila Odinga. Son champion vient de prêter serment, mardi 28 novembre, pour un deuxième mandat au terme de cette longue et douloureuse séquence politique. « C’est une bonne chose pour le Kenya, notre économie a été durement affectée mais elle va repartir, les choses vont aller mieux maintenant », affirme-t-il.

De retour dans les allées ombragées du campus, les étudiants veulent, à l’instar d’une majorité de Kényans, laisser la crise politique derrière eux. Fridha Onchiri, blouse rose fuchsia et fines dreadlocks, révise sur un banc de béton face à l’imposante bibliothèque Jomo-Kenyatta, père de l’Indépendance et de l’actuel chef de l’Etat. Du haut de ses 18 ans, cette kisii (une communauté de l’ouest, qui n’a traditionnellement pas de camp politique établi) a soutenu ces derniers mois Raila Odinga mais prend la défaite avec sagesse. « Raila cherche une manière de continuer à se battre mais on dirait qu’il n’a pas de plan, de stratégie claire », admet la jeune fille, en jetant un regard oblique à son ami Nehemiah, qui opine du chef avec excès. Pour ce frêle calenjin, Uhuru Kenyatta est « le mec le plus cool qui soit ».

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