Vendredi 19 Janvier 2018

Avec le décès de Calestous Juma, l’Afrique a perdu un défenseur de l’innovation technologique

Avec le décès de Calestous Juma, l’Afrique a perdu un défenseur de l’innovation technologique
(Jeune Afrique 20/12/17)
L'influent professeur kényan Calestous Juma, spécialiste des questions progrès technologiques et de développement en Afrique

La mort le 15 décembre de l'influent professeur kényan Calestous Juma, spécialiste des questions progrès technologiques et de développement en Afrique, a suscité de nombreuses réactions à travers le monde, notamment de chefs d'États africains.

« Une autorité internationalement reconnue sur la question de l’utilité de la science et de l’innovation pour le développement durable de pays développés et en développement ». Voilà comment l’université de Harvard résume le personnage de Calestous Juma, professeur du prestigieux établissement, décédé vendredi 15 décembre des suites d’un cancer. Il avait 64 ans.

Collaborateur régulier de publications de renom comme le New-York Times ou le Guardian, auteur prolifique, le chercheur kényan défendait dans ses écrits l’intérêt de l’entrepreneuriat et de l’innovation technologique pour transformer les sociétés africaines, notamment dans le domaine de l’environnement et de l’agriculture.
Genèse d’un engagement

Lorsque Calestuous Juma parlait des origines de son attachement à ces questions de progrès, il utilisait une anecdote bien précise. À 9 ans, son village de Port-Victoria, niché sur les bords du Lac Victoria à la frontière ougandaise, subit des inondations. La plupart des cultures de cet endroit reculé de l’ouest kényan sont détruites et, très rapidement, les rations viennent à manquer.

Les villageois réfléchissent alors à un moyen de replanter les pertes sur un espace plus restreint, mais John Juma, le père de Calestous, charpentier de profession, traverse la frontière ougandaise et revient avec des coupes de maniocs.

Tubercule riche en glucides et résistante aux inondations, le manioc est, à l’époque, assez peu populaire dans cette partie du Kenya. John Juma doit donc s’employer à convaincre de l’utilité de l’introduction de cette plante pour remplacer les cultures détruites, plusieurs villageois craignant qu’elle n’attire les cochons sauvages déplacés par les inondations et que ceux-ci viennent à nouveau détruire les récoltes.

John Juma a finalement obtenu gain de cause. La manioc est aujourd’hui un des aliments de base de la région. Cet épisode laissera le futur chercheur avec la certitude que l’opposition à une innovation ne doit pas nécessairement être un frein au progrès.

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