Vendredi 15 Décembre 2017

« Au Kenya, le régime présidentiel aurait dû être abandonné depuis longtemps »

« Au Kenya, le régime présidentiel aurait dû être abandonné depuis longtemps »
(Le Monde 30/11/17)
Investiture du président kenyan Uhuru Kenyatta

Pour John Githongo, figure de la société civile, le pays connaît une crise politique profonde que la réélection d’Uhuru Kenyatta ne résout pas. Lorsqu’il était à la tête de l’organisme anticorruption du Kenya, au début des années 2000, John Githongo a révélé certains des plus grands scandales financiers du pays. Depuis, cette figure de la société civile continue de lutter contre la corruption et pour la bonne gouvernance au Kenya avec son association Inuka, mais aussi à l’échelle du continent avec l’Africa Centre for Open Governance. Et garde un œil avisé sur la vie politique kényane.

Alors que le président Uhuru Kenyatta a prêté serment, mardi 28 novembre, dans un contexte social très tendu après la validation de sa réélection, une semaine plus tôt, par la Cour suprême, John Githongo a accepté de décrypter pour Le Monde Afrique l’intense crise politique qui secoue le Kenya depuis août.

La Cour suprême a validé l’élection présidentielle du 26 octobre, qui s’est tenue dans un climat de grande défiance après l’annulation par la même institution du scrutin d’août. Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour la démocratie kényane ?

John Githongo Ni l’un ni l’autre. Ces derniers mois, la Cour suprême a montré qu’elle est une institution judiciaire indépendante, à laquelle hommes politiques et citoyens peuvent faire appel. En septembre, elle avait décidé d’annuler le scrutin. Le 20 novembre, elle l’a validé. Sur les réseaux sociaux, dans les journaux, certains ne sont pas heureux de cette décision ou pensent qu’il y a eu des pressions, mais ce n’est pas l’opinion dominante. En revanche, notre pays connaît une profonde crise politique que la Cour suprême ne peut résoudre. Un cycle judiciaire s’est achevé, mais le problème politique est toujours là.

Comment résoudre cette crise politique ?

Tout le monde veut qu’Uhuru Kenyatta et [son opposant] Raila Odinga « dialoguent ». Pourquoi pas ? Cela fera redescendre la pression, mais cela ne résoudra rien. La carte de la participation électorale montre bien que seuls le centre du Kenya et la vallée du Rift [bastions du président Kenyatta et du vice-président, William Ruto] ont voté le 26 octobre [Odinga ayant appelé ses partisans à ne pas voter]. La majorité des Kényans ne l’ont pas fait : ils considèrent que le système politique ne fonctionne plus.

Notre société est très inégalitaire, c’est ce qui rend la compétition politique si dure et si violente. La nature du régime devrait refléter cela : notre régime, très présidentiel, est un échec, il aurait dû être abandonné depuis longtemps. Lors de la réforme constitutionnelle de 2010, nous avons réintroduit avec intelligence la décentralisation. Mais il fallait aussi opter pour un régime plus parlementaire ! Une nouvelle réforme de la Constitution est pour moi la seule solution de long terme.

C’est un peu ce que recherche l’opposition en voulant créer des « assemblées du peuple » chargées de faire des propositions en ce sens…

Ces assemblées du peuple sont bien plus que cela, et c’est pour moi un grand sujet d’inquiétude. Parce que nous n’avons pas résolu nos problèmes politiques, le débat sur la sécession d’une partie du Kenya s’est ravivé et la création de ces assemblées serait la première étape vers une division du pays.

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