Dimanche 19 Novembre 2017

Au Kenya, la réélection de Kenyatta à nouveau entre les mains de la Cour suprême

Au Kenya, la réélection de Kenyatta à nouveau entre les mains de la Cour suprême
(Le Monde 08/11/17)

Trois recours ont été déposés pour faire annuler la victoire écrasante du président sortant fin octobre. L’opposant Raila Odinga, qui a boycotté le vote, s’est abstenu. Comme un air de déjà-vu. Le sort de la crise politique kényane est à nouveau entre les mains de la justice. Lundi 6 novembre au soir, une série de recours, dont plusieurs contestent la validité de l’élection présidentielle du 26 octobre, a été déposée devant la Cour suprême du pays. Le tout intervient deux mois après l’invalidation historique du scrutin du 8 août par la plus haute juridiction du pays.

En tout, trois recours ont été déposés afin de faire à nouveau annuler le vote. Mais, contrairement au mois d’août, point de ténors de l’opposition dans les couloirs de la Cour. Cette fois, Raila Odinga n’a pas fait le déplacement jusqu’au centre-ville de Nairobi, siège de l’institution, et n’a transmis aucune requête à la justice. Le chef de l’opposition a en effet boycotté le scrutin et dénie toute légalité à la dernière consultation, qui a vu la victoire écrasante du président sortant Uhuru Kenyatta, vainqueur avec plus de 98 % des suffrages.

Des recours parfois farfelus

« Ayant boycotté les élections, M. Odinga ne se sentait pas le mieux placé pour aller en justice et comptait sur des ONG importantes et des figures majeures de la société civile pour monter au front judiciaire », explique un bon connaisseur du personnage. Mais, contrairement à ces vœux, la Cour suprême n’a été saisie que par des personnalités et des organisations de moindre envergure, parfois carrément farfelues.

Ainsi en va-t-il du nébuleux Mouvement du drapeau noir (Black Flag Movement), mené par un mystérieux citoyen « George Bush », venu enregistrer in extremis son dossier « anti-élection ». Ce dernier a lui-même reconnu ne pas avoir les fonds suffisants afin de payer ses frais de dossier. Un autre pourvoi émane d’un ex-député, John Harun Mwau, plus connu pour ses anciennes performances dans les stades comme champion national de tir à la carabine que pour son suivi de la crise en cours.

Le recours le plus sérieux semble donc être celui déposé par deux responsables d’ONG, Njonjo Mue, président de l’antenne locale de la Commission internationale des juristes (ICJ), et Khelef Khalifa, le directeur de l’organisation musulmane de défense des droits humains Muhuri. Mais ces deux personnalités demeurent peu connues du grand public et le contenu de leur dossier demeure encore assez flou.

La Commission électorale (IEBC), étrillée par la Cour suprême dans son jugement d’annulation du premier scrutin, affirme aujourd’hui se rendre devant les tribunaux sûre d’elle-même et de son élection. « Depuis le mois d’août, nous nous sommes mis en stricte conformité avec la loi, soutient ainsi Andrew Limo, le porte-parole de l’institution. Le 1er septembre, les juges de la plus haute juridiction kényane avaient invalidé un scrutin jugé « ni transparente ni vérifiable » reprochant notamment à l’IEBC d’avoir proclamé des résultats sur la base de procès-verbaux « douteux » ou carrément introuvables.

De l’aveu même de l’IEBC, les résultats avaient été déclarés en l’absence de près d’un quart des PV du pays. « Mais cette fois nous avons corrigé nos erreurs. Avant de donner le vainqueur, nous avons rassemblé à Nairobi les copies physiques de tous les procès-verbaux du pays : plus de 37 000 en tout ! », soutient M. Limo.

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