Samedi 19 Août 2017

Procès des « biens mal acquis » : Teodorin Obiang obtient un répit pour préparer sa défense

Procès des « biens mal acquis » : Teodorin Obiang obtient un répit pour préparer sa défense
(Le Monde 05/01/17)
Emmanuel Marsigny, l'avocat de Téodorin.

Poursuivi en France, le fils du président de Guinée équatoriale est accusé de s’être bâti un patrimoine considérable en détournant des fonds publics.
Jet-setter impénitent, flambeur sans limite, Teodorin Obiang Nguema n’avait jusque-là jamais montré son goût pour la discrétion. Le fils du président de Guinée équatoriale ne s’est pourtant pas présenté à l’ouverture de son procès à Paris, lundi 2 janvier. Poursuivi pour « blanchiment d’abus de biens sociaux », « détournement de fonds publics », « abus de confiance » et « corruption », celui-ci disposera d’une nouvelle occasion de venir s’expliquer devant la justice française. Après deux jours d’audience, la présidente du tribunal correctionnel chargé de le juger a en partie accédé à la demande des avocats de la défense en décidant, mercredi, de reporter le début du premier procès dit des « biens mal acquis » au 19 juin.

Prudente, la magistrate Bénédicte de Perthuis a justifié ce renvoi au nom d’une « bonne administration de la justice ». Les avocats de M. Obiang Nguema avaient prétexté, lundi, d’un délai « trop court » – huit semaines – pour préparer leur défense.

Un autre élément est entré en ligne de compte : la présidente du tribunal s’était interrogée lors du premier jour d’audience sur les implications de la procédure en cours devant la Cour internationale de justice (CIJ) de La Haye. Saisie par Malabo, qui rejette le droit à la France de juger l’un de ses gouvernants, cette juridiction a rendu le 7 décembre 2016 une ordonnance obligeant Paris à assurer, dans l’attente d’une décision sur le fond du dossier, l’inviolabilité d’un hôtel particulier situé sur la prestigieuse avenue Foch, saisi par la justice française mais que la Guinée équatoriale a depuis transformé en ambassade. La procédure à La Haye pouvant encore durer entre deux et trois ans, le tribunal a cependant décidé de ne pas caler son agenda sur celui de la CIJ.
Un catalogue de dépenses somptuaires

Mercredi, dans les couloirs du palais de justice de Paris, chaque camp semblait accepter ce renvoi. Sans se priver de dénoncer « les manigances de la défense qui pourrait publier un guide des manœuvres dilatoires », William Bourdon, l’avocat de l’organisation Transparency International qui, avec l’association Sherpa, avait déposé la première plainte en 2007, considérait que « quelques mois de plus ou de moins, ça ne change pas grand-chose ». De son côté, Sergio Tomo, venu de Malabo pour grossir l’équipe des défenseurs de M. Obiang Nguema, affichait publiquement « une énorme satisfaction car, pour la première fois, nous pensons que les conditions pour un éventuel procès équitable commencent à se réunir ».

Suffisant pour obtenir la venue de son client à « ce procès politique plutôt que juridique » ? Rien n’est moins sûr. Les chances de voir le vice-président équato-guinéen, visé par un mandat d’arrêt et dont le procès pourrait se solder par une condamnation allant jusqu’à dix ans de prison et une amende de plusieurs dizaines de millions d’euros, fouler à nouveau le sol français sont infinitésimales. Il fut pourtant un temps où celui qui se prépare à succéder à son père, au pouvoir depuis 1979, faisait le bonheur des boutiques chics de l’avenue Montaigne, des antiquaires les plus renommés de la place parisienne, des marchands d’art, des joailliers et des vendeurs de voitures de luxe. Un train de vie de nabab rendu possible par des « détournements de fonds publics », selon les juges d’instruction français. Leur enquête est un catalogue de dépenses somptuaires réalisées entre 2005 et 2011.

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