Mercredi 28 Juin 2017

Fortune et pouvoir en Guinée équatoriale

Fortune et pouvoir en Guinée équatoriale
(RFI 07/01/17)
Téodorin Obiang.

Pour la première fois, s'est ouvert, le 2 janvier à Paris, le procès d'un vice-président en exercice d'un pays africain sur des soupçons de grande corruption internationale. Renvoyé au mois de juin prochain, ce procès sans précédent, dans le cadre de l’enquête dite des «biens mal acquis en France», concerne un haut dignitaire de Guinée équatoriale, Teodorin Nguema Obiang, fils de l’actuel président de cette république d’Afrique centrale. Retour l'affaire et sur l’extraordinaire enrichissement d’un homme en charge avec son père d’un petit pays pétrolier où plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Situé entre le Cameroun et le Gabon, la Guinée équatoriale pourrait être en passe de devenir une économie émergente à l’horizon 2020, comme l’annonce la Banque africaine de développement dans son document stratégie-pays 2013-2017. Mais c'est un pays marqué par une histoire violente.

L'exercice du pouvoir

La Guinée équatoriale, devenue indépendante de l’Espagne en 1968, a d’abord été présidée par Francisco Macias Nguema, un dictateur, qui se faisait appeler « unique miracle de la Guinée équatoriale », et dont le régime provoquera la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes et l’exode massif de sa population dans les pays voisins. Ce président sanguinaire est renversé en 1979 par son neveu Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. Ce dernier s'est maintenu au pouvoir jusqu'à aujourd’hui, réalisant toujours des scores électoraux imbattables, comme lors du dernier scrutin du 24 avril 2016 où il est réélu à 73 ans pour sept ans, avec 93,7% des voix. Une longévité au pouvoir qui lui vaut de devancer l’Angolais José Eduardo Dos Santos et le Zimbabwéen Robert Mugabe (au pouvoir depuis 1980).

Une longévité qu’il doit d'une certaine manière aussi aux compagnies pétrolières américaines qui, dans les années 1990, vont transformer l’histoire économique du pays en exploitant du pétrole « offshore » qui fera de la Guinée équatoriale le troisième plus grand producteur d’Afrique.

Mais la richesse pétrolière ne semble pas profiter à tout le monde. Une grande partie de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. De nombreuses organisations de défense des droits de l’homme dénoncent régulièrement la répression qu’exerce le pouvoir en place contre ses opposants, des organisations indépendantes de la société civile et des médias ainsi que l’ampleur de la corruption.

Le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a placé deux de ses fils dans son gouvernement. Gabriel Mbega Obiang Lima est au poste stratégique de ministre des Mines, de l’Industrie et de l’Energie et Teodorin Nguema Obiang, surnommé Teodorin, est aujourd’hui vice-président et favori pour la succession du papa.

Une « réussite » que défend son père dans un entretien à Jeune Afrique par ces mots : « La Guinée équatoriale n’est pas une monarchie mais un Etat démocratique… Contrairement à l’image que les Occidentaux se font de lui, mon fils est un aficionado de la politique… S'il réussit, je n’y peux rien. Il serait injuste que son talent ne soit pas récompensé ».

L’extravagante richesse de Teodorin Obiang

Teodorin Obiang est connu des Occidentaux pour ses fastes et pour son train de vie de millionnaire lors de ses séjours réguliers en France et aux Etats-Unis. Après avoir longtemps séjourné dans de nombreux palaces parisiens, en 2005, il fait l’acquisition, pour une somme de 25 millions d’euros, par le biais de sociétés suisses, d’un hôtel particulier de 4000 m², pour en faire son pied-à-terre parisien. L’hôtel particulier de 101 pièces, situé dans un des quartiers les plus chics de Paris, comprend un hammam, une salle de sport, une discothèque et une salle de cinéma. Pour la décoration de ce « palais », les enquêteurs estiment qu’il a engagé près de 12 millions d'euros de travaux qui lui ont permis de recouvrir les robinets avec des feuilles d’or, de mettre du marbre, du corail et de nombreux objets de très grande valeur en baccarat ou en cristal par exemple.

Teodorin Obiang est aussi un amateur de bijoux, d’orfèvrerie, de grands crus classés et d’objets d’art. Il achète de nombreuses œuvres et se distingue, par exemple, en 2009 à l’occasion d’une vente aux enchères que l’on avait surnommée à l’époque la « vente du siècle », organisée par la maison Christie’s France et qui proposait la collection Yves Saint Laurent-Pierre Bergé. Lors de cette vente, Teodorin Obiang achète 109 lots pour une valeur de 18,3 millions d’euros.

Et puis, il y a le parc automobile, évalué aussi par les enquêteurs à plusieurs millions d’euros et comprenant près de 20 véhicules, de marques Rolls-Royce, Bentley, Ferrari, Bugatti, Maserati ou Lamborghini.Tout cela ne constituant que la partie connue du patrimoine français de Teodorin Obiang, car sa fortune est aussi placée dans d’autres pays, dont les Etats-Unis.

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