Samedi 24 Juin 2017

Recrudescence des vindictes populaires : le président de l'INIDH et le porte-parole de l'opposition dénoncent la faiblesse de l'État

Recrudescence des vindictes populaires : le président de l'INIDH et le porte-parole de l'opposition dénoncent la faiblesse de l'État
(Guinee Actu 19/06/17)
Mamady Kaba, président de l'INIDH

Lors de l'émission « Ne cachez rien » sur les ondes d'Evasion FM, le vendredi 9 Juin dernier, Mamady Kaba, président de l'INIDH et Aboubacar Sylla président de l'UFC, se sont prononcés sur la vindicte populaire qui prend de plus en plus de l'ampleur en Guinée. Les 2 acteurs, accusent les autorités judiciaires d'être à la base de ce fléau. Le président de l'Institution nationale indépendante des droits humains (INIDH), a dénoncé la défaillance de la justice. Pour Mamady Kaba, cet état de fait est la cause des vindictes populaires. « C'est une défaillance très grave de notre système de justice qui pousse les populations à se replier sur elle-même, et choisir d'être leur propre recours, de se donner justice à elle-même. Quand une personne est arrêtée et qu'elle est soupçonnée d'avoir commis un crime, elle est mise à la disposition de la justice. Le lendemain, ce bandit revient dans le quartier pour menacer ceux qui ont été à l'origine de son arrestation.

Alors, les populations ont le choix entre 2 choses. Pour sauver leur vie et ne plus collaborer avec la justice, elles contribueront à amener des bandits devant la justice parce que si jamais il revient au quartier, c'est leur vie qui est en danger. Donc est-ce que maintenant, ils vont renoncer à protéger leur vie à se débarrasser des bandits ? Je dis non. Si elles ne font pas recours à la justice, elles vont être obligées elles-mêmes de se rendre justice par la voie du lynchage. Et je l'ai toujours dit, ça fait plus de victimes innocentes qu'autre chose. Par ce que les populations n'ont pas de moyens d'investigations et ses vindictes populaires ne doivent pas se faire », a déploré le président de l'INIDH. Ajoutant au passage que la justice doit être au service du peuple afin de sécuriser les citoyens. Pour cela, Mamady Kaba pense que « les deux moyens par lesquels, les vindictes populaires peuvent efficacement être combattues, c'est que la justice et les services de sécurité soient véritablement au service de la population et qu'elles fassent des efforts pour prendre en compte les préoccupations de sécurité et des aspirations de justice du peuple ».

Ce n'est pas tout. L'activiste des droits de l'homme suggère à l'État la poursuite des «reformes de la justice et une réflexion nationale qui va déboucher sur un plan d'action nationale sur plusieurs années. Un plan d'action nationale qui va comporter des volets de sensibilisation, des volets assistance juridique et judiciaire aux personnes victimes. Par exemple, la mise en place des centres d'assistance judiciaire et juridique dans les 5 communes de la capitale et à l'intérieur du pays pour aider les populations à accéder facilement à la justice sans beaucoup de tracasserie. Et avec beaucoup de chances d'être rétablis dans leur droit ».

Pour sa part, le président de l'Union des forces du changement (UFC) a expliqué les raisons de ces vindictes populaires. Selon Aboubacar Sylla, les citoyens ne croient plus à cette justice. « La récurrence des vindictes populaires en Guinée est le résultat de la défaillance du système judiciaire. Cette justice de la rue qui prend de l'ampleur dans notre pays n'ait que le reflet du laxisme, de l'absence de l'autorité de l'État. Tout ceci fait que, non seulement les citoyens ne croient plus en la justice - ils préfèrent la rendre eux-mêmes -, mais d'autre part, ceux qui se rendent coupables de ces actions attentatoires aux droits de l'homme en tuant des personnes présumées sont assurés également de l'impunité. Donc c'est la conjugaison de ces 2 domaines qui font proliférer cette justice de rue et qui fait progressivement ressembler notre pays à un État sauvage. Où on peut tomber sur une personne susceptible de vole pour la tuer, la brûler parce qu'on sait qu'il y a aucune justice. Et ceux qui sont à la base de l'action se disent que s'ils ne font pas ainsi peut être l'intéressé va retrouver sa liberté rapidement », a-t-il dénoncé.

Mettant l'État en cause, le porte-parole de l'opposition républicaine estime que toutes ces actions sont le reflet d'un « dysfonctionnement de l'État guinéen ». Ce qui, selon lui, fait que «notre système judiciaire est à l'indexe. C'est un système judiciaire qui ne fonctionne pas à la satisfaction des citoyens. C'est un système judiciaire qui n'a pas la confiance de la population ».

Amadou Tidjane Diallo

L'Indépendant, partenaire de GuineeActu

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