Vendredi 23 Juin 2017

Enseignement supérieur : le diagnostic qui accable le secteur

Enseignement supérieur : le diagnostic qui accable le secteur
(Guinee Actu 20/03/17)
Le ministre Abdoulaye Yéro Baldé, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique

Dans un entretien accordé récemment à nos confrères de la radio lynx FM, le ministre Abdoulaye Yéro Baldé, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique est revenu longuement sur le recensement biométrique entrepris dans les universités guinéennes. A cette occasion, il a expliqué l'impact des étudiants fictifs détectés et les doublons sur le budget de l'État, avant de justifier l'importance du recensement biométrique.

Bonjour M. le ministre. Qu'est-ce qui a motivé le lancement de l'opération de recensement biométrique des effectifs des institutions d'enseignement supérieur public et privé en Guinée ?

Merci d'abord pour cette invitation. Vous savez, le ministère a lancé un ensemble de réformes. Le recensement biométrique n'est qu'une partie de cette réforme-là. Parce que jusqu'à présent, nous ne maîtrisons pas l'effectif des étudiants et des enseignants dans le secteur de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Et qui dit non maîtrise des effectifs, dit aussi non maîtrise des finances, non maîtrise de la pédagogie et aussi des infrastructures.

Si vous voulez pédagogiquement, c'est quoi une classe de chimie, c'est combien des personnes il faut dans une classe ? Quel est le laboratoire qu'il faut ? Quelles sont les salles des travaux dirigés qu'il faut ? Il faut bien connaître l'effectif et quels ratios d'enseignants, étudiants qu'il faut ? Tout ça, on parle aujourd'hui d'améliorer la qualité de l'enseignement mais on ne peut pas le faire si on ne maîtrise pas l'effectif.

Lorsqu'on maîtrise l'effectif aussi, on peut savoir quelles sont les infrastructures adéquates qu'il faut construire ou il faut planifier. C'est un outil stratégique parce que la population augmente, la population estudiantine aussi augmente. Si vous n'avez pas d'outils pour faire de la prévision, vous allez fausser le travail dans le long terme.

Donc, c'est tous ces éléments-là pris ensemble qui nous ont amenés à commencer cette opération de biométrie qui fait partie de la feuille de route du ministre de l'Enseignement supérieur indiquée par le président de la République et le Premier ministre.

Alors qu'elle a été la stratégie utilisée pour ce recensement pour qu'il soit exhaustif ?

Bien, nous avons mis en place une équipe, former l'équipe avec une assistance technique étrangère et nous avons mis les moyens nécessaires pour que cette équipe-là soit vraiment outillée pour faire son travail de biométrie. Nous avons acquis des Kits de qualité pour pouvoir biométriser les étudiants. Et donc la commission a travaillé avec toutes les universités. La biométrie ne concerne pas que les privés, il faut le souligner, ça concerne le public aussi.

D'ailleurs à l'origine la biométrie ne devait être consacrée qu'au public parce que nous soupçonnons qu'il y a beaucoup plus des fictifs dans les universités publiques que dans les privées. C'est le départ pour nous, mais puisque l'État envoie des boursiers dans les privés, il faut bien sûr qu'on sache effectivement, c'est vrai qu'on dit qu'il y a des inspections physiques sur place mais ce n'est pas fiable à notre avis.

Pourquoi ? Parce que la corruption est passée par là ?

Je vais entrer dans tous ces détails mais puisque la technologie existe, il faut aller vers ce qui est de plus en plus fiable. Je vous ai dit que c'est un outil stratégique, un outil pour pouvoir faire des prévisions et aussi mieux gérer les faibles ressources que nous avons à notre disposition. C'est comme ça que ça se passe, ça concerne le public et privé, ce n'est pas fini, ce ne sont que des résultats provisoires. C'est normal que ça conteste.

Mais la base du départ avec nous c'était quoi ? On devait aller sur la base de contrat comme vous l'avez dit tout à l'heure. Malheureusement, on nous a dit, écoutez l'année dernière vous vous souvenez très bien, on parlait de 4 000 étudiants que nous, nous n'avons pris en compte, il faut les prendre en compte. Après les multiples appels, j'ai dit au service ok ! Prenez-les mais ça c'est la phase effective recensée, pas biométrisée. Maintenant à la biométrisation, nous avons mis des filtres pour pouvoir bloquer tous ceux qui ne sont pas étudiants ou tous ceux qui n'ont pas eu le Bac parce que n'oubliez pas, que ce soit dans le public ou dans le privé, il y a beaucoup d'étudiants qui n'ont pas le Bac ou des gens qui n'ont pas le niveau pour être étudiant.

Vous dites qu'il y a beaucoup plus des fictifs dans le public pourquoi, qu'est-ce qui explique ça ? Ça, c'est une hypothèse de base. On va confirmer ça avec la biométrie, parce que le public, nous n'avons pas fini. Il y a beaucoup d'exigence. (…)

Donc je disais, on devait aller sur la base des contrats. Si, c'est sur la base de contrat, ils ont raison, ça fait 25 mille et quelques. Mais comme il y a une pression sur nous pour prendre tous ceux qui viennent, on a laissé. Parce que si on ne le faisait pas aussi, on allait nous accuser d'être contre les privés.

On n'a rien contre les privés particulièrement moi. Je n'ai rien contre les privés. Je viens du secteur privé, je sais ce que les privés peuvent apporter à l'enseignement dans notre pays comme ça se fait ailleurs d'ailleurs. Il y a une de vos radios, en tout cas de vos collègues, je n'ai pas voulu citer le nom la dernière fois mais eux-mêmes ils ont cité, c'est radio Sabari FM. Qui a fait une enquête sur l'une des Universités et qui a trouvé qu'on forçait des étudiants qui ont fini leurs études, de venir se faire enregistrer.

Donc, on a pris tout ça en compte. Pourquoi les gens s'étonnent aujourd'hui qu'on ait pris que ceux qui sont dans les contrats. Nous, c'est ce qu'on voulait au départ mais on nous a forcés dans un esprit de collaboration, dans un esprit d'ouverture, de partenariat que j'appelle chaque fois avec les privés. Nous avons accepté. C'est pour cela que nous sommes partis à 52 mille, sinon on sera à 25 mille et quelques, plus les 4 mille de l'année dernière, qu'on nous réclame que nous ne voyons pas. Donc, on sera peut-être à 29 mille sans les premières années. Voici un peu la réalité sur le terrain. 52 mille parce qu'on nous a forcés à prendre tous ceux qui venaient sinon on sera 25 ou à 29 mille si on prenait en compte les 4 mille.

Est-ce qu'on peut avoir une idée un peu de ces résultats obtenus. Je ne dirai pas par université mais une idée sur les statistiques ?

Les privés, on a recensé à ce jour 19 075 à peu près. Le public dans le même ordre mais comme je dis encore biométriser, pas recenser parce qu'il faut faire la différence, et d'ailleurs quand on a vu ce flux d'étudiants qui venait, j'ai fait une visite à Koffi Anann, c'était un de nos centres pour biométriser les étudiants. J'ai vu mon grand frère, le fondateur et il y avait aussi le fondateur d'une autre université qui était là.

J'ai dit attention si on va à ce rythme, on risque de fausser la biométrie. Or c'est dans l'intérêt de tout le monde qu'on ait des chiffres exacts pour pouvoir mieux aider à la fois le public et le privé. Après, il y a une des universités qui nous a présenté une liste de plus de 900 redoublants.

J'ai dit attention. J'ai voulu la franchise entre nous, la transparence entre nous. Je vous ai cru de bonne foi mais il faut qu'on dépasse certaines limites. C'est en ce moment que j'ai fait engager, j'ai appelé l'ancien ministre de la Justice qui est avocat Me Zogbélemou Togba pour m'aider à trouver des huissiers, et c'est à partir de ce moment qu'on a mis des huissiers dans le processus. Depuis qu'on a mis des huissiers dans le processus, les flux des étudiants a diminué parce que là vous vous engagez en cas d'action de justice vous ne pouvez pas dire le contraire puisque c'est devant nous ici que vous signer. Donc, c'est depuis lors que cela a baissé, après qu'on a dépassé les 50 mille.

Ces faux-diplômes de Bac, est-ce que vous avez mené des enquêtes comment ces documents-là sont confectionnés et par qui ?

Ça, je ne peux pas vous répondre ici, ce n'est pas trop mon rôle. Ce n'est pas seulement au niveau du bac hein ! Même au niveau du supérieur des faux diplômes de maîtrise, de licence etc…C'est tout le système qu'il faut revoir et trouver des solutions. D'ailleurs, nous sommes en train de réfléchir à une solution aussi qui va nous permettre d'authentifier le diplôme. Dès que vous avez votre diplôme avec les outils de la technologie, on pourra savoir si c'est faux ou vrai.

Vous avez parlé de provisoirement 46 938 étudiants fictifs. Quel est l'impact de ces fictifs sur le budget de l'État alloué à l'enseignement supérieur ?

Pour le moment les 46 938 comme je vous l'ai dit, il y a deux bases. Si on va sur la base du contrat, nous sommes à 25 mille et quelque… C'est sur cette base que nous voulons aller au départ mais puisqu'on nous a submergé des fraudes d'étudiants qu'il fallait enregistrer, nous sommes allés à 52 mille. Nous aurons bientôt une rencontre avec les concernés. En tout cas, on leur a envoyé cette invitation et si on s'entend, on reprend la base. On va sur la base des contrats plus les 4 000 qui manquaient à l'époque, si on s'entend et nous on est prêt à effacer les 52 mille.

Les 24 mille sur la base de contrat, ça veut dire quoi ?

Le contrat signé entre le ministère de l'Enseignement supérieur et chaque université, c'est-à-dire on prend les effectifs mais on va les biométriser, pour le moment même sur cette base, on a toujours cet écart qu'on peut appeler fictifs.

Alors, ce recensement a permis de détecter 745 privés non existants 86 privés sous autres noms, deux cas de doublons, deux cas d'anomalies et 71 cas de faux diplômes. Quel a été le sort réservé à ceux qui ont présenté ces documents ?

Jusque-là on a voulu travailler dans un esprit de partenariat, donc tous les étudiants qui étaient pris avec ces faux diplômes, on les mettait à la disposition de leurs universités. En cas de cas, il faudrait qu'on nous les emmène. C'est ce qu'on a voulu faire parce qu'il y a trop de problèmes à résoudre dans l'éducation. Si on dit qu'on va s'occuper des détails, on risque de perdre le temps et de ne pas aller à l'essentiel.

Vous avez dit lors de la conférence de presse, que désormais ne seront payés que ceux qui sont biométrisés. Quelles sont les dispositions que vous allez prendre pour ça ?

Bon ! On essaye de finir avec l'intérieur du pays rapidement et on va s'assoir faire les statistiques. Mais de toute façon, la biométrie sera la nouvelle base de départ parce qu'on veut un fichier assaini. C'est dans l'intérêt de tout le monde, tout ce qu'on fait, ce n'est ni contre Pierre ni contre Paul, c'est pour le pays. Il faut que les Guinéens commencent à penser à l'intérêt de leur pays parce que l'intérêt individuel c'est pour quelque temps. On ne peut pas avoir un îlot de prospérité au milieu d'un océan de misère. Il faut que l'étudiant guinéen puisse étudier correctement en Guinée. L'État a une obligation à donner les moyens pour cela.

Il y a eu beaucoup de ministres qui se sont succédé avant votre arrivée. Certains ont échoué, les gens ont laissé faire, vous, vous avez mis le pied dans le pat. D'où est venu l'intérêt pour vous, de intéresser subitement à ce problème de biométrisation de l'Enseignement supérieur en Guinée ?

Non, c'est une question de temps et d'opportunités puisque la technologie existe maintenant. Sinon mes prédécesseurs ont fait une bonne évaluation d'état de système. Ça je leur reconnais cela. Ils ont défriché le terrain, c'est un peu comme la politique. Un président vient, il fait son travail, s'il fait bien c'est lui qui vient aura moins des difficultés pour continuer, mais s'il ne fait pas comme il le faut, celui qui viendra aura des problèmes pour pouvoir avancer. Donc, c'est le pays qui perd. Donc il faut capitaliser tout le travail que les autres font pour avancer.

Une synthèse d'Alpha Amadou Diallo

Le Démocrate, partenaire de GuineeActu

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