Lundi 11 Décembre 2017

Marchés d'esclaves" en Libye : les Africains révoltés

Marchés d'esclaves" en Libye : les Africains révoltés
(AFP 20/11/17)
Un millier de personnes ont manifesté samedi 18 novembre à Paris contre des cas d'esclavage en Libye dénoncés cette semaine dans un documentaire choc de la chaîne américaine CNN, selon la préfecture de police de Paris.

Au moins autant que ces pratiques d'un autre temps, c'est le mutisme général qui a soulevé l'indignation de plusieurs personnalités, artistes, et acteurs de la société civile surtout. Parmi les manifestations organisées ce samedi 18 novembre contre l'esclavage des migrants africains en Libye, celle de Paris fut de loin celle qui a mobilisé le plus grand nombre de manifestants, un millier, révoltés contre cette pratique d'un autre âge. Les manifestants ont répondu à l'appel de plusieurs associations, et notamment d'un Collectif contre l'esclavage et les camps de concentration en Libye (CECCL), créé en réaction à la diffusion du reportage de CNN montrant des migrants vendus aux enchères en Libye.

Les faits

Tout a commencé en avril dernier, lorsque l'Organisme des Nations unies chargé des migrations (OIM) publie un rapport révélant l'existence de « marchés aux esclaves » qui touchent des centaines de jeunes Africains en route vers la Libye. Sur la base de nombreux témoignages de migrants de retour de Libye et qui passent par les centres de transit de l'OIM à Niamey et Agadez : « Ces quelques derniers jours, plusieurs migrants m'ont raconté des histoires horribles. Ils ont tous confirmé le risque d'être vendu comme esclave sur des places ou dans des garages à Sabha, soit par leur chauffeur, soit par des locaux, qui recrutent les migrants pour des travaux journaliers en ville, souvent dans le bâtiment. Puis au lieu de les payer, ils vendent leurs victimes à de nouveaux acheteurs. Certains migrants, principalement nigérians, ghanéens et gambiens, sont forcés à travailler pour le ravisseur/marchand d'esclaves en tant que garde dans les maisons de rançon ou même au marché », a déclaré un membre du personnel de l'OIM au Niger cité dans le dernier rapport de l'organisation internationale.

Malgré ce document officiel, renforcé par le témoignage du chef du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), Fillipo Grandi, après une visite-surprise à Tripoli le 21 mai 2017 en Libye où il a rencontré des migrants dans un camp de rétention, et durant lequel il s'est dit « choqué » de leurs conditions de vie « épouvantables » et a dénoncé des cas d'esclavage moderne, les faits sont passés sous silence.

Il aura donc fallu la diffusion d'images-chocs extraites d'un documentaire sur la chaîne américaine CNN et montrant la scène d'une vente aux enchères de ressortissants d'Afrique subsaharienne sur des marchés en Libye pour que l'opinion publique relance le débat, entre indignation et désolation. Dans ce document tourné, semble-t-il, à l'été 2017, et diffusé seulement à la mi-novembre 2017 et largement repris par les médias internationaux : on y voit notamment, sur une image de mauvaise qualité prise par un téléphone portable, deux jeunes hommes. Le son est celui d'une voix mettant aux enchères « des garçons grands et forts pour le travail de ferme. 400... 700... », avant que la journaliste n'explique : « Ces hommes sont vendus pour 1 200 dinars libyens [400 dollars] chacun. »

Le rapport de l'OIM confirmait déjà que des hommes venus du Mali, du Niger ou du Ghana seraient régulièrement cédés pour une poignée de dollars aux plus offrants, souvent pour occuper des travaux agricoles sans rémunération. Des femmes sont aussi achetées par des particuliers, « des Libyens, d'après un témoin cité par l'OIM, et amenées dans des maisons où elles étaient traitées comme des esclaves sexuels ». Pour être libérés des maisons dans lesquelles ils étaient détenus et battus, les migrants devaient payer entre 400 et 900 dollars qu'ils réclamaient à leurs familles dans leur pays d'origine, en général. Certains migrants qui ne pouvaient pas payer auraient été tués ou abandonnés à leur sort, comme le précise l'OIM.
Réactions vives des artistes et de l'opinion publique

Il aura fallu la réaction officielle, ou plutôt un cri du cœur lancé par le chanteur ivoirien Alpha Blondy, qu'on ne présente plus, pour susciter une immense émotion dans l'opinion publique africaine et dans la diaspora. Dans une vidéo diffusée sur Facebook, le reggaeman lance un appel aux dirigeants africains : « Nous, peuples africains qui comptions sur vous pour nous défendre et pour nous protéger, nous sommes surpris et stupéfaits par votre silence devant la situation révoltante, humiliante et inacceptable que vivent vos ressortissants, nos frères, nos sœurs, nos fils et nos filles vendus comme esclaves en Libye », réagit vivement l'artiste.

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