Dimanche 19 Novembre 2017

Nana-Jo N’Dow : « Il faut un maximum de témoignages de victimes de Yahya Jammeh »

Nana-Jo N’Dow : « Il faut un maximum de témoignages de victimes de Yahya Jammeh »
(Jeune Afrique 30/10/17)
L'ancien président, Yayah Jammeh, lors de son départ en exil le 21 janvier 2017 à l'aéroport de Banjul.

Nana-Jo N'Dow, fille d'un opposant gambien disparu sous le régime de Yahya Jammeh, est une des figures de la campagne récemment lancée en Gambie pour juger l'ancien président, exilé en Guinée équatoriale depuis son départ du pouvoir, en janvier dernier. Interview.

Du 19 au 21 octobre, plusieurs ONG gambiennes et internationales de défense des droits humains se sont réunies à Banjul avec un objectif : parvenir à juger Yahya Jammeh pour les nombreux crimes présumés commis par son régime, de 1994 à 2017.

Nana-Jo N’Dow est la fille d’un ex-opposant à Jammeh, disparu en 2013. Avec d’autres victimes, elle se bat pour obtenir justice et pour que l’ex-président finisse devant un tribunal, comme le Tchadien Hissène Habré.

Jeune Afrique : Qu’est-il arrivé à votre père, Saul Ndow, en 2013 ?

Nana-Jo N’Dow : Mon père était un homme d’affaires, notamment actif dans le domaine de l’import-export. Il était aussi un opposant à Yahya Jammeh. En avril 2013, il est allé à un rendez-vous d’affaires à Dakar avec Mahawa Cham, un ancien député. Nous avons ensuite perdu leur trace. Dans leurs auditions par les enquêteurs, Bubacarr Jarju et Suwandi Camara, deux anciens mercenaires à la solde de Jammeh, ont déclaré qu’ils avaient retrouvé Cham et mon père à Ziguinchor et qu’ils les avaient ensuite livré à des Jungulers [des « escadrons de la mort » à la solde de l’ex-président gambien] quelque part en Casamance. Pour le reste, nous ne savons pas ce qu’il s’est passé.

Pensez-vous qu’il puisse être toujours en vie ?

Non, je suis sûre qu’il a été tué. Mon père était voulu mort ou vif par Jammeh, qui le recherchait depuis des années. Parmi les Jungulers auxquels il a été livré, deux se trouvent aujourd’hui en Guinée équatoriale avec Jammeh. Et un troisième, le colonel Bojang, est recherché pour meurtres et tortures. Cela m’étonnerait que ces hommes aient gardé mon père en vie.

Quels ont été les principaux crimes commis par le régime de Yahya Jammeh ?

Il y a eu de nombreux cas de disparitions forcées, de meurtres, de tortures… Environ 400 victimes se sont inscrites auprès du Centre gambien pour les victimes de violation des droits humains. Mais de nombreuses autres victimes ne se sont pas encore fait connaitre, en particulier dans les villages gambiens. Convaincre ces personnes de se mettre en relation avec l’association était un des objectifs de la conférence de presse que nous avons organisée le 21 octobre à Banjul. Nous avons aussi l’intention d’organiser des tournées dans les différentes régions de Gambie pour inciter les gens à nous rejoindre. Cela n’est pas facile, car nous partons de loin : certaines personnes ont toujours peur – ou honte – de dire qu’elles ont été victimes de Jammeh. La parole va mettre du temps à se libérer.

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