Samedi 18 Novembre 2017

Violences post-électorales: le Gabon rejette toute "enquête internationale" autre que la CPI

Violences post-électorales: le Gabon rejette toute "enquête internationale" autre que la CPI
(AFP 24/10/17)

Le Gabon ne donnera suite "à aucune demande d'enquête internationale" sur les violences post-électorales d'août et septembre 2016 autre que celle lancée par la Cour pénale internationale (CPI), a déclaré lundi le porte-parole du gouvernement en réponse à une requête de l'Union européenne (UE).

Mercredi, dans un communiqué publié à Libreville, la délégation de l'UE dans le pays avait "insisté" de nouveau sur la nécessité d'une "enquête indépendante portant sur ces faits".

"Nous sommes surpris de cette demande, alors que le Gabon a déjà saisi, de sa propre initiative, la CPI, seul juge international reconnu par tous", a réagi au cours d'une conférence de presse le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Alain-Claude Bilie By Nze.

"Nous nous en tiendrons à ce que dira la CPI. Nous n'entendons, à ce stade, n'accéder à aucune autre demande d'enquête internationale", a souligné M. Bilie By Nze, déplorant une "communication intempestive" de part de l'UE.

L'annonce de la réélection du président Ali Bongo Odimba, le 31 août 2016, avait provoqué des violences inédites: manifestations contre le pouvoir, interpellations par centaines, Assemblée nationale incendiée, assaut des forces de sécurité contre le QG du rival du président, Jean Ping.

Le gouvernement a fait état de trois morts. Une partie de l'opposition et de la société civile affirme avoir identifié une trentaine de morts, et parle de disparus.

En décembre, une mission électorale de l'UE avait conclu que le scrutin avait été entaché "d’anomalies" qui "mettent en question l’intégrité du processus de consolidation des résultats et du résultat final de l’élection". Les autorités gabonaises ont dénoncé à plusieurs reprises une "ingérence" de l'UE.

La délégation européenne au Gabon est engagée depuis début octobre dans un "dialogue politique intensifié" (DPI) avec Libreville, qui se poursuit sur les questions des "droits de l'homme et des libertés fondamentales".

"Le Gabon s’est engagé de bonne foi à participer pleinement" à ce dialogue, a réaffirmé M. Bilie By Nze. "Cependant, le Gabon est un Etat souverain. Nous n'accepterons aucun diktat ou une quelconque forme de mainmise. (...) Il n'est pas question que l'UE au Gabon devienne juge et se transforme en tribunal".

"Un travail est en train d’être fait (...), des mécanismes d’apaisement ont été mis en place pour ramener la sérénité dans le pays: dialogue avec l'opposition, ouverture des institutions à ses représentants, projet de réforme constitutionnelle, etc. Nous sommes engagés à aller au bout de ce processus", a assuré le porte-parole.

La demande de l'UE "nous ramène au point de départ, comme si rien n'avait été fait", a-t-il estimé.

Le représentant de l'UE au Gabon a par ailleurs rencontré l'opposant Jean Ping lundi à Libreville, a indiqué à l'AFP un membre de l'entourage de l'opposant.

"Ils (le gouvernement, ndlr) ont le mérite de la cohérence. Ils ne peuvent pas accepter une enquête sur des faits dont ils sont responsables", a déclaré un autre proche de M. Ping, commentant les déclarations du porte-parole du gouvernement.

"L'UE appréciera cette réponse à une demande qui est pourtant le minimum, et que nous avons nous-même exprimé", a ajouté cette source.

Vendredi, au cours d'un petit déjeuner de presse, M. Ping avait lui-même déclaré, commentant le dialogue en cours avec l'UE: "ça piétine, le gouvernement ne veut pas aller dans le sens du dialogue".

Il a rappelé à cette occasion avoir demandé à la communauté internationale une "médiation pour la vérité des urnes et le départ d'Ali Bongo" du pouvoir".

Plus d'un an après l'élection, M. Ping se revendique toujours "président élu" du Gabon. Certains de ses soutiens ont rejoint le nouveau gouvernement formé fin août. Il est par ailleurs l'objet d'une saisie de ses biens par la justice gabonaise pour une affaire datant de 2015 contre à un proche de la présidence.

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