Spectre de l’année blanche : La logique du pourrissement | Africatime
Dimanche 26 Mars 2017

Spectre de l’année blanche : La logique du pourrissement

Spectre de l’année blanche : La logique du pourrissement
(Gabon Review 16/03/17)
Ecoliers gabonais dans l’arrière-pays.

Echaudés par une série de promesses non tenues, touchés dans leur amour propre par un usage excessif de la méthode forte, les enseignants oscillent entre défiance et confrontation. Leur intransigeance est, en réalité, née du non-respect de la parole donnée et d’un autoritarisme hors de saison. Et s’il faut tout détruire pour mieux reconstruire ?

Les années se suivent et se ressemblent dans le monde de l’éducation : les enseignants battent le pavé, les élèves déambulent dans les rues, le personnel administratif feint de s’affairer et le gouvernement brandit la menace. En 2015, il fallut rafistoler pour éviter l’année blanche (lire «Face au spectre de l’année blanche : Annulation des vacances de Pâques» ). Le bras de fer permanent de 2016 fut, fort heureusement, rendu moins viril par des contingences extérieures (lire «Education : Le cri d’alarme de la Conasysed» ). Tout bien pesé, l’année en cours pourrait entrer dans les annales comme l’une des plus difficiles (lire «Education : Grève généralisée dans les lycées publics»). Partout dans le pays, les élèves descendent dans la rue pour revendiquer leur droit à l’instruction (lire «Crise dans l’éducation : Marche des élèves à Franceville»). Pendant ce temps, les parents crient leur désarroi (lire «La Fenapeg prédit la mort de l’école gabonaise» ). Où l’on reparle d’année blanche (lire «Cinq jours avant l’année blanche» ).

Intransigeance des syndicats

Après des années d’affrontements quasi permanents, les acteurs de l’éducation attendent toujours l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Les salles de classe sont toujours aussi surpeuplées, le matériel didactique manque toujours autant, les programmes scolaires sont toujours aussi anachroniques et les salaires toujours aussi inadaptés aux exigences du métier d’enseignant. On est aux antipodes du «système éducatif d’excellence» promis dans L’avenir en confiance. N’ayant pas su tirer profit de la période de vaches grasses, le pouvoir a mangé son pain blanc : il n’arrive plus à convaincre de sa bonne volonté et de sa capacité à régler les problèmes de fond. C’est entendu : la conjoncture actuelle n’augure pas de lendemains enchantés. Bien au contraire, les tractations en cours avec le Fonds monétaire international (FMI) (lire «Les pistes du FMI») annoncent une période d’austérité. Les finances publiques sont au plus mal (lire «Le Gabon est-il à sec ?» ). Le plafond de l’endettement public a récemment été revu à la hausse (lire «1. 472 milliards pour la période 2017-2019»). De nouvelles «émissions obligataires» ont même été annoncées pour les tout prochains jours (lire «Le démenti de Régis Immongault»). Pas du tout propice à l’investissement dans les secteurs sociaux.

Dans ce contexte de raréfaction des ressources financières, la gouvernance politique a réduit à néant les attentes des partenaires sociaux. Seules la défiance et la confrontation leur permettent encore de croire à une prise en compte de leurs revendications. S’ils n’étaient mus par la crainte d’être oubliés, les acteurs du monde de l’éducation verraient leurs conditions de travail régresser continuellement. Sans affirmation d’un rapport de forces, l’amélioration de leurs conditions d’existence n’aurait jamais été envisagée. Le gouvernement a beau faire vibrer la fibre patriotique ou évoquer les risques pour la jeunesse, rien n’y fait : les enseignants ne l’entendent plus de cette oreille. Echaudés par une série de promesses non tenues (lire «Le niet de la Conasysed»), ils affirment maintenant leur détermination à «vaincre ou mourir» (lire «Conasysed maintient sa position» ). Touchés dans leur amour-propre par un usage excessif de la méthode forte (lire «Le faux pas de trop ?»), ils en arrivent à récuser leur ministre de tutelle (lire «La Conasysed exige le départ de Florentin Moussavou»). En définitive, le non-respect de la parole donnée et un autoritarisme hors de saison sont au fondement de leur intransigeance.

Errements de la gouvernance PDG

Au fond, le dépérissement continu de l’école gabonaise est la conséquence des errements de la gouvernance PDG. Depuis toujours, le Parti démocratique gabonais s’est illustré par une prévarication sans égale et une arrogance préjudiciable au vivre ensemble. Sa longévité au pouvoir tient essentiellement aux liaisons incestueuses avec les institutions, y compris la grande muette et affiliés. A trop tirer sur la corde, à convoquer la force à tout bout de champ, le pouvoir a fini par s’emmêler les pinceaux, confondant malice et intelligence, ramenant des partenaires au rang de collaborateurs et ravalant les citoyens au statut d’employés. Au lieu de mettre en œuvre la politique dédiée, des ministres essaient de jouer sur les divergences entre syndicats ou individus. D’autres se croient investis du pouvoir de radier des fonctionnaires d’autorité, sans respecter la procédure ni en référer à une quelconque instance disciplinaire (Lire «Sanctions contre les enseignants grévistes»). Mutatis mutandis, certains touchent au portefeuille des fonctionnaires.

La déliquescence de l’école gabonaise est un processus continu. Depuis maintenant 33 ans, tous les gouvernements en ont conscience. Censés trouver des remèdes adaptés, des états généraux se sont succédé sans rien y changer (lire «Le bras de fer permanent»). Sitôt ces assises terminées, les réformes préconisées ont systématiquement été reléguées aux calendes grecques. Faute d’avoir mis en œuvre les résolutions des états généraux de 2010, l’actuelle majorité ne peut susciter l’optimisme. En revanche, ayant procédé au paiement de la Pife (Prime d’incitation à la fonction d’enseignant), en mai 2016, elle a laissé le sentiment d’agir essentiellement sous la contrainte. Après tout, l’organisation des examens de fin d’année en dépendait. Curieusement, le blocage actuel semble désormais aller de soi. Peut-être faut-il définitivement en finir avec les ravalements de façade ? Peut-être faut-il tout détruire pour mieux reconstruire ? Pourrissement, vous avez dit logique du pourrissement ?

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