Samedi 21 Avril 2018

Le terrorisme a-t-il mis un pied au Gabon ?

Le terrorisme a-t-il mis un pied au Gabon ?
(La Tribune 22/12/17)

Pour l’heure, la communication gouvernementale est restée allergique aux mots "terrorisme" ou "djihadisme". Et pourtant, après l’arrestation d’un ressortissant nigérien, accusé d’avoir poignardé au cri "Allahu Akbar", deux journalistes danois en représailles de la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale d’Israël, la question taraude les esprits sans qu’on ose la porter sur la place publique. Le Gabon est-il aux prises du terrorisme ?

La conférence de presse de ce mercredi 20 décembre, de Steeve Ndong Essame Ndong, le Procureur de la République, est très attendue. Elle devrait permettre de fournir plus de détail que le communiqué diffusé dans la presse sur l'attaque au couteau, samedi 16 décembre dans un village artisanal de Libreville, la capitale gabonaise, contre deux journalistes danois en tournage pour un documentaire.
Au gouvernement, on évite soigneusement le mot "terrorisme"

Mais pour l'heure, grâce à des artifices de communication, les annonces gouvernementales sur le sujet évitent soigneusement de prononcer le mot « terrorisme » pour ne pas créer l'affolement et pour certains « nourrir l'amalgame ». Alain-Claude Bilie-By-Nze, le ministre de la Communication et porte -parole du gouvernement a qualifié l'agression « d'acte ignoble » tout en promettant une enquête pour déterminer si l'agression « relève d'un acte isolé ou concerté ». Etienne Massard Makaga, le ministre de la Défense est resté dans les mêmes éléments de langage. Tout au plus, le principal suspect devrait être inculpé de "tentative d'assassinat" et risquerait "la perpétuité".

Pour autant, dans les rues gabonaises, la question que presque personne n'ose poser est dans les esprits et les chuchotements des conversations : le terrorisme a-t-il réussi une percée au Gabon ? Difficile de donner une réponse tranchée tant l'orientation que peut prendre la réponse effraie jusque dans les couloirs du gouvernement.

On connaissait le terrorisme qui sévissait en Afrique de l'Ouest, dans certains pays d'Afrique centrale et même d'Afrique de l'Est. Mais il n'avait jamais traversé l'équateur pour toucher des pays comme la Guinée-Equatoriale, l'Angola ou le Gabon, en dépit de certains de leurs voisins aux prises avec le terrorisme. Mais l'acte de l'agresseur après son arrestation semble être motivé par une idéologie et pourrait donc relever du terrorisme.

Ce samedi 16 décembre pourtant vers 10 heures (local), deux journalistes danois travaillant pour National Geographic, ont été mortellement poignardés alors qu'ils visitaient un marché de souvenirs. Au cri "Allah Akbar" (Dieu est Grand), leur agresseur, un épicier de 53 ans originaire du Niger et vivant depuis 19 ans au Gabon, a indiqué après son arrestation avoir « agi en représailles aux attaques des Etats-Unis contre les musulmans et à la reconnaissance américaine de Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël ».

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